Toute sa vie, il a cherché à unir l’excellence de la création théâtrale et le service du peuple : Jean Vilar est mort il y a 50 ans aujourd’hui. Une exposition photographique lui rend hommage – pour 5 mois – au Jardin des Doms, à Avignon.

« Il faut réaliser que le théâtre n’est pas qu’un divertissement, n’est pas un objet de luxe, mais le besoin impérieux de tout homme et de toute femme. […] Il s’agit donc de faire en sorte que le théâtre redevienne de nos jours une passion. […] Nous pensons qu’il faut entendre par Théâtre populaire, un Théâtre ouvert à tous, sans aucune restriction. Il s’agit, avant tout, de présenter de belles et grandes œuvres. […] Le T.N.P. était seulement au service du théâtre et du peuple. »
Jean Vilar dans une interview de 1951*

Toute sa vie, il a cherché à unir l’excellence de la création théâtrale et le service du peuple : nous fêtons aujourd’hui le cinquantième anniversaire de la mort de Jean Vilar, le 28 mai 1971. C’est à cette occasion que l’association Jean-Vilar, qui rassemble de nombreuses archives à Avignon, a conçu une vaste exposition, en partenariat avec le festival d’Avignon et le Théâtre national populaire à Villeurbanne.

Vilar au sommet des Doms

Fermée pour travaux depuis septembre 2020 et jusqu’à l’automne prochain, la Maison Jean-Vilar laisse sa place à une exposition photographique hors-les-murs, au cœur du Jardin des Doms – ouverture que n’aurait probablement pas manqué de saluer Jean Vilar lui-même, tant il avait à cœur de rejoindre tous les publics.

Situé au sommet du Rocher des Doms, qui domine le centre-ville d’Avignon, le beau jardin public est effectivement l’un des lieux préférés des Avignonnais ; il fut aussi un lieu de répétition et de repos pour l’artiste et sa troupe, dans les débuts du festival provençal. « Le Jardin des Doms, qui est un endroit merveilleux, est très fréquenté, par un public divers d’habitués, de jeunes, de touristes, de familles, confirme Nathalie Cabrera, directrice de l’association Jean-Vilar. Nous avons naturellement à cœur de penser l’exposition en fonction du jardin lui-même, en faisant résonner chaque photographie dans son environnement immédiat. »

Trente-deux photographies en noir et blanc (de 60x90cm à 230x230cm), signées par Agnès Varda, Maurice Costa, Suzanne Fournier, Serge Lido ou encore Boris Lipnitzki, côtoieront pendant cinq mois les statues permanentes et autres bustes blancs de ce parc verdoyant et ombragé, offrant une promenade insolite pour les visiteurs. « Dans un jardin, plus qu’ailleurs, le sens de la visite se plie au parcours du promeneur. C’est ce rythme, l’aléatoire de la balade qui joue le guide, confirme Jean-Pierre Moulères, commissaire de l’exposition. On vient d’abord au jardin plutôt qu’à une exposition et on a rendez-vous avec le hasard. Et on se mesure à une donnée fondamentale : la marche plus que la démarche du visiteur. C’est ce précepte qui a guidé notre travail. »

Un homme, une troupe et une ville : « une co-invention remarquable« 

L’enjeu est d’une part, de voir comment la troupe a été façonnée année après année par la Cité des papes et d’autre part, comment elle a imprégné ces lieux historiques de sa présence, dont l’héritage demeure encore aujourd’hui, par ce festival international de théâtre sans équivalent dans le monde.

« [Vilar] est l’inventeur, mais il n’est rien sans la troupe. Il a rassemblé de jeunes talents autour de lui, autour de valeurs humaines, esthétiques et politiques qui répondaient parfaitement aux appétits, à la vitalité d’une certaine jeunesse d’après-guerre. Cela crée une sorte de famille d’artistes qui se sont confrontés dès 1947 aux rudesses et à la beauté d’Avignon, explique Jean-Pierre Moulères. Il est intéressant de noter comment Vilar a transformé Avignon mais aussi comment Avignon a transformé Vilar et son théâtre : une autre façon de travailler sans décor, sans effets, dans une grande rigueur, une somptueuse austérité, de porter la voix dans le trou de la nuit, de laisser le verbe et le geste mener le drame ou la comédie parce qu’on ne se mesure pas à la chaleur, au vent, à la pierre levée du grand mur de la Cour. L’esthétique T.N.P. s’est en partie précisée au regard de ce qu’Avignon proposait et imposait. C’est une co-invention remarquable, née d’une rencontre entre un homme et une ville. »

Durant le festival, d’autres dimensions de Jean Vilar seront dévoilées au public, à travers notamment un documentaire de la réalisatrice Sandra Paugam, projeté en avant-première, une lecture par Jean Bellorini et sa troupe d’extraits de sa correspondance, ou encore une journée de débats, le 14 juillet, sur le rôle du théâtre public aujourd’hui et sur les combats menés par l’artiste tout au long de sa carrière.

D’une exposition, l’autre : les notes de Jean Vilar

L’exposition, labélisée “Grand Arles Express” par les Rencontres photographiques du fait de la qualité des clichés exposés, sera accompagnée d’un ouvrage colligeant, outre les trente-deux images, des textes de Jean Vilar portant directement sur Avignon. « Ces textes sont vraiment intéressants et stimulants, s’enthousiasme Nathalie Cabrera. Ils portent aussi bien sur le festival que sur l’architecture de la ville ou même ses habitants. » L’ouvrage, qui compte quatre-vingts pages, marque le début d’une nouvelle collection : les carnets de la Maison Jean-Vilar, qui accompagneront les expositions à venir.

Une autre exposition sur “les notes de service” de Jean Vilar, intitulée « Ce soir, oui tous les soirs » et prévue initialement en juillet 2020 dans le cadre du festival d’Avignon, sera inaugurée au Théâtre national populaire le 9 septembre prochain, à l’occasion du centenaire du lieu (reporté lui aussi d’un an).

« Jean Vilar utilisait énormément les notes de service, pour communiquer autant sur des sujets artistiques, à propos des répétitions ou des représentations passées, que sur des thèmes de la vie quotidienne, du théâtre et de son fonctionnement, précise la directrice de la Maison Jean-Vilar. C’est vraiment passionnant ! C’est une des entrées les plus simples et les plus immédiates sur l’œuvre et la vision de Vilar. »

L’exposition présentera non seulement des documents manuscrits et des photographies, mais également des enregistrements d’un choix de notes par des jeunes comédiens sélectionnés par l’ADAMI et dirigés par Robin Renucci.

Pierre GELIN-MONASTIER

.
*
Jean Vilar, De la tradition théâtrale, L’Arche, 1995 (1955), 176 p., 13 €.

.

Jean Vilar et Maria Casarès en répétition au Verger Urbain V, Avignon, 1954 (© D.R.)

Jean Vilar et Maria Casarès en répétition au Verger Urbain V, Avignon, 1954 (© D.R.)

Jean Vilar, 1958 (© Agnès Varda - Succession Varda)

Jean Vilar, 1958 (© Agnès Varda – Succession Varda)