28 mai 1920… 101 ans jour pour jour – Frederick Delius compose une Arabesque luxuriante, à l’ambiance musicale froide, venteuse, inquiétante, garnie de dissonances et de voiles brumeux – étrange en un mot. C’est indéniablement l’une des plus grandes réussites de Delius !

Frederick Delius, le plus Français des compositeurs britanniques (d’ascendance allemande) depuis qu’il s’était retiré à Grez-sur-Loing près de Fontainebleau pour plus de quarante ans, était aussi l’ami des grands artistes nordiques Grieg, Strindberg ou Munch. Chaque été, il quittait donc l’Île-de-France pour de longues randonnées en Norvège, qui inspirent inévitablement sa musique.

C’est ainsi qu’en 1911, il compose cette « Arabesque », inspirée de l’auteur qui lui avait déjà fourni l’argument de son opéra Fennimore and Gerda l’année précédente, Jens Peter Jacobsen. C’est en effet cet auteur danois, mort prématurément en 1885, qui avait écrit le texte, traduit en anglais et que Delius met en musique. Un texte à l’image de l’œuvre de l’écrivain, panthéiste, symboliste et fantastique, comme dans les Gurrelieder qui inspireront Schoenberg.

Delius écrit donc une partition pour baryton, chœur et orchestre, luxuriante, autour d’une figure qui est l’un des emblèmes de l’Art nouveau, l’arabesque, qu’on devine surtout aux bois. L’évocation de la mort s’y imbrique avec celle de l’amour, au milieu des saisons. Le texte est assez complexe, Jacobsen fait du dieu Pan le symbole du sentiment amoureux, voué à la mort. L’ambiance musicale est froide, venteuse, inquiétante, garnie de dissonances et de voiles brumeux, étrange en un mot. C’est l’une des plus grandes réussites de Delius, pour peu qu’on soit sensible à cet univers, ce qui n’est pas le cas de tout le monde !

Elle est créée voici cent un an ans jour pour jour à Newport, par l’orchestre symphonique de Londres et la société chorale du Festival de musique gallois, avec P. Heming, baryton, et A.E. Sims à la direction. Elle est dédiée à Halfdan Jebe, violoniste et chef d’orchestre norvégien qui avait dirigé ses œuvres pour la première fois à Londres en 1899, et qui était un de ses proches amis.

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride