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« Kiss & Cry » : Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael tout en doigté

« Kiss & Cry » : Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael tout en doigté
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Kiss & Cry de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael est joué jusqu’au 31 décembre à La Scala à Paris. Ce spectacle hybride, à la frontière entre la danse, le théâtre, les marionnettes et le cinéma, réveille une joie intérieure et enfouie, une joie d’enfant.

Ouvert depuis septembre 2018, La Scala de Paris place cet hiver la danse à l’honneur et donne carte blanche à Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael. Kiss & Cry est la première pièce d’une trilogie qui se poursuivra jusqu’en février, avec Cold Blood, présenté du 4 au 27 janvier, puis Amor du 29 janvier au 3 février.

Les mains, et les prouesses rendues possibles par les cinq doigts, sont les principaux protagonistes de cette pièce apportant un souffle poétique et magique à la création contemporaine. En décalant notre regard et notre échelle de perception, nous plongeons avec émerveillement dans l’univers et l’imaginaire de Kiss & Cry. Ce spectacle hybride, à la frontière entre la danse, le théâtre, les marionnettes et le cinéma, réveille une joie intérieure et enfouie, une joie d’enfant.

Nous entrons dans la salle : pas de rideau, le dispositif est visible, les artistes techniques et corporels sont réunis ; nous les observons se préparer et s’encourager. Nous nous sentons inclus avec cette technique, avec eux. Des chants d’oiseaux résonnent, accomplis grâce à des sifflets. Avec douceur, nous sommes ainsi invités à prendre place pour le voyage qui nous attend. La vidéo-projection est alors lancée sur un duo dansé de doigts, appuyé par un air d’opéra. Instantanément toute notre attention est captée. Notre imaginaire s’ouvre, se déploie par une transposition fine et sensible d’expériences vécues, ou observées, avec cette chorégraphie de doigts. Tantôt observateur de l’image à l’écran, tantôt scrutant les ficelles de la magie sur le plateau, notre regard accède à la fois à son côté enfantin et à son désir de compréhension. Cette image, qui pourrait devenir un filtre, un écran, n’est finalement qu’un focus permettant de révéler la finesse des plus petites parties de notre corps. Elle sublime alors la sensibilité des corps au plateau.

Nous plongeons dans le souvenir des aventures et déboires amoureux d’une femme. À chaque fois, elle tente de retrouver la sensualité éprouvée par son premier amour de treize secondes, une sensualité uniquement vécue par un échange furtif de caresses entre les mains de deux jeunes adolescents. « Elle ne se souvenait plus que de ces mains », nous raconte la voix-off. Cette voix nous guide dans les méandres de sa pensée et nous aide alors à comprendre le fil de l’histoire. Le texte de Thomas Gunzig soutient avec justesse, émotion et subtilité la première moitié du spectacle. Cependant, dans la suite de la narration, notre seul regret est une présence de la voix parfois trop appuyée, trop calquée à l’image, ou inversement, cloisonnant alors les possibles de notre imaginaire. Une certaine structure se répétant pour chaque amour, une fois comprise, un nouvel espace pourrait se déplier en réduisant la présence du récit oral ; et nous permettre d’atteindre une plus grande évasion, un autre niveau d’abstraction plus intime.

L’essence et la beauté de ce spectacle reposent sur une certaine précision, sur une magie particulière qui s’en dégage alors. Le montage, effectué en direct, est fluide. Le cadrage, centré parfois sur une main, parfois sur un décor miniature, est malicieux et toujours surprenant. La lumière, précieux support de l’univers créé, est éblouissante. Jouant sur les rapports d’échelle, les images qui naissent sous nos yeux sont dès lors délicates, fines et décalées. Elles sont empreintes d’une sensibilité fascinante, rendue possible par toutes les mains qui se démènent sur le plateau. Derrière la technique, nous ressentons ainsi la puissance organique des corps créant en direct ce film, et nous l’apprécions jusqu’au dénouement qui assoit définitivement la finesse de ce spectacle.

Vincent PAVAGEAU

 



Spectacle : Kiss & Cry
  • Création : mars 2011 à Mons
  • Durée : 1h15
  • Public : à partir de 10 ans
  • Idée originale : Michèle Anne De Mey & Jaco Van Dormael
  • Réalisation : Jaco Van Dormael, Harry Cleven
  • En création collective avec : Grégory Grosjean, Thomas Gunzig, Julien Lambert, Sylvie Olivé, Nicolas Olivier
  • Texte : Thomas Gunzig
  • Danseurs : Michèle Anne De Mey, Frauke Mariën & Grégory Grosjean, Denis Robert
  • Caméraman : Julien Lambert, Philippe Guilbert
  • Assistantes caméra : Aurélie Leporcq, Juliette Van Dormael
  • Régie lumières : Nicolas Olivier, Thomas Dobruszkès
  • Manipulation décors : Stefano Serra, Ivan Fox, Gabriella Lacono, Florencia Demestri
  • Directeur technique : Thomas Dobruszkès
  • Coordinateur artistique : Grégory Grosjean
  • Son : Boris Cekevda, Benjamin Dandoy
  • Responsable tournée : MODUL Cie
  • Compagnie : Les Astragales

Crédits photographiques : Maarten Vanden Abeele

Kiss & Cry (crédits : Maarten Vanden Abeele)

En téléchargement
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OÙ VOIR LE SPECTACLE ?

Spectacle vu le 4 décembre 2018 à La Scala, Paris.

  • Du 4 au 31 décembre 2018 : La Scala (Paris).

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Kiss & Cry (crédits : Maarten Vanden Abeele)

 



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