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La Cour des comptes assombrit l’avenir de Radio-France

La Cour des comptes assombrit l’avenir de Radio-France
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À l’occasion de son rapport annuel 2019, la Cour des comptes égratigne la gestion de Radio-France et alerte sur une situation financière toujours fragile, qui appelle d’urgence, selon elle, une rénovation du cadre social. Radio-France : une inévitable réforme ?

La Cour des comptes n’est pas réputée pour sa tendresse. Mais ce n’est pas non plus ce qu’on lui demande, et son rapport public 2019 publié le 6 février dernier dresse, comme on pouvait s’y attendre, un constat sans concession sur l’état des finances publiques. Cette « sélection d’observations suivies de recommandations » comporte un intéressant, mais quelque peu inquiétant, volet sur la gestion de Radio-France.

Des audiences en progrès…

Commençons donc par une bonne nouvelle : les audiences de Radio-France ont globalement progressé depuis 2013. Les principales radios du groupe que sont France Info, France Inter, France Culture et même France Musique ont toutes amélioré leurs parts d’audience et ont réussi à rajeunir leur public.

La Cour des comptes note que France Musique rattrape son retard sur Radio Classique avec 1,6 % de part d’audience en 2017 contre 1,9 %. Le bilan serait donc satisfaisant si ces bons résultats n’avaient pas été obtenus au prix d’un renchérissement du coût des antennes nationales de 7 % sur la période.

… mais des blocages persistants et une grande fragilité financière

C’est là le point d’achoppement du rapport des “sages de la rue Cambon” : Radio-France et ses 4 509 emplois pleins en 2017 coûte trop cher. Et l’État n’a plus ni les moyens ni l’envie de mettre la main au portefeuille. La masse salariale est en croissance, le chantier de réhabilitation de la Maison de la radio s’éternise et l’appel à une refondation de l’entreprise, lancé en 2015 par la même Cour des comptes, semble ne pas avoir été entendu.

C’est l’absence d’une réforme de structure, trop longtemps reportée, que le rapport pointe du doigt. Selon la cour, là se trouve la solution à la dérive des charges de personnel, qui représentent désormais 57 % du total des dépenses malgré un recours à l’intermittence maîtrisé. Les salariés de Radio-France n’en seront pas ravis, mais le temps de travail est pointé comme particulièrement faible et les outils de gestion qui permettraient de le suivre ne sont pas en place. Il est vrai que l’accord du 27 janvier 2000 en la matière, signé à l’époque par Jean-Marie Cavada, était plus favorable aux salariés que le code du travail (ce qui est bien le propre de tout accord d’entreprise).

En réalité, la question des « ressources humaines » à Radio-France est tout sauf simple. Et il semble difficile de ne prendre le problème que sous l’angle financier, sauf à risquer de raviver la sensibilité du corps social de l’entreprise. Rappelons que la grève de 2015, d’une durée de vingt-huit jours, a laissé des traces profondes. Elle a donné un coup de froid aux réformes qui avaient été entreprises, ou, en tous cas, selon la direction de Radio-France, entraîné un « changement de méthode ». Visiblement, la Cour des comptes reste sceptique sur l’efficacité de cette nouvelle « méthode », dont elle ne constate pas les résultats tangibles en appelant à une modernisation des relations sociales et une rénovation du modèle.

Les formations musicales de Radio-France encore en question

Les formations musicales de Radio-France – L’Orchestre national de France, l’Orchestre philharmonique de Radio-France et le Chœur de Radio France –  concentrent les critiques et nourrissent l’appréciation de la Cour sur l’immobilisme de l’entreprise. Dans une optique d’abord financière, le rapport de 2015 Radio France : les raisons d’une crise, les pistes d’une réforme avait déjà jeté un pavé dans la mare en recommandant la fusion des deux orchestres. Constante avec elle-même, la Cour déplore en 2019 que la décision de cette fusion n’ait toujours pas été prise : « il n’est ni dans la vocation ni dans les moyens de Radio France de conserver en son sein deux orchestres symphoniques » conclut-elle sans détour.

Il n’est pas contestable, en effet, que le maintien de deux orchestres coûte cher. Mais on peut tout de même reconnaître – ce que fait la Cour – que les effectifs ont été réduits, que les formations jouent davantage, et que la fréquentation a substantiellement augmenté (de 70 000 à 130 000 personnes !). Dans sa réponse au rapport, la présidente – directrice générale de Radio France ajoute que l’offre de concerts a augmenté de 44 %, les recettes de billetterie de 52 % et que le développement des activités le week-end a permis de rajeunir de cinq ans l’âge moyen du public.

Quant à la vocation de Radio-France à n’abriter qu’un seul orchestre, que l’on nous permette de ne pas partager l’avis de la Cour des comptes. La question déborde largement de la seule préoccupation financière et renvoie en réalité à la définition de la politique culturelle de la France. Que veut-on pour notre pays ? Il appartient au Gouvernement de définir les objectifs de la politique culturelle française et de dimensionner ensuite l’effort de la nation pour cette dernière. Mais on ne doit pas inverser le raisonnement, au risque de tomber dans un strict utilitarisme où la musique n’a guère de place.

Au final, c’est surtout la baisse de la dotation de l’État annoncée dès 2019 qui va « accentuer la nécessité de faire des économies ». Mais malgré une progression des dépenses plus rapide que celle des recettes ces dernières années, une situation de trésorerie délicate et un bilan financier marqué par le coût du chantier de la Maison de la Radio, il n’est pas interdit de le faire posément, et avec intelligence.

Marc de RIEVAULX



 

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2 Comments

  1. je me permets de penser que la Cour des Comptes est en mission…gouvernementale. Il suffit d’avoir connaissance des derniers avis sur les services publics… (sans parler du fusil LBD). Je trouve cela scandaleux. Et totalement injustifié, en outre.

  2. Merci pour cet article clair !
    La Cour des Comptes applique dans ses rapports la mission étriquée qu’on lui a fixée depuis de nombreuses années : tout envisager sous le prisme de l’économie. Je ne crois pas que le gouvernement y soit pour quelque chose. C’est simplement l’application bête et méchante du principe économique (ou plutôt financier) à tout système, à toute réalité humaine. Très stérile.

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