Concevant la culture comme « une compétence partagée », Marc Drouet défend des politiques culturelles durables et des actions structurelles qui s’inscrivent dans la durée. Entretien.

La région Auvergne-Rhône-Alpes vient de lancer le COREPS, un Comité régional des professions du spectacle en Auvergne-Rhône-Alpes, qui vise à favoriser les échanges, apprécier l’efficacité du plan de relance dédié à la culture et faire remonter les problématiques actuelles du secteur, liées à la crise sanitaire. Par ailleurs, Villeurbanne devient cette année la première Capitale française de la culture. La DRAC en Auvergne-Rhône-Alpes est fortement impliquée dans ces deux initiatives – et dans bien d’autres.

Profession Spectacle s’est entretenu avec Marc Drouet, directeur régional des affaires culturelles en Auvergne-Rhône-Alpes.

Dans un entretien accordé en septembre 2019 à Profession Spectacle, le président de l’association des DRAC françaises et actuel directeur de la DRAC Île-de-France, Laurent Roturier, pointait une demande générale de retour à l’État, à la suite des crises successives. Partagez-vous ce constat et, si tel est le cas, cette demande s’est-elle accentuée dans le contexte de crise sanitaire ?

Oui, je suis évidemment d’accord avec ce que dit Laurent Roturier et ce dont je suis convaincu, c’est que la culture est une compétence partagée. D’abord, une première chose, la culture, ce n’est pas seulement le secteur public, il y a aussi le privé. Nous nous situons dans cette partie publique, on est un partenaire parmi d’autres. Il faut l’aborder avec beaucoup de modestie et dans le dialogue mais, en même temps, avec les convictions qui sont les nôtres, c’est-à-dire celles que le ministère de la Culture veut porter dans le cadre de cette politique culturelle ; et puis, après, nous en discutons entre partenaires. Nous disons ce que l’on veut porter et, ensuite, libre aux partenaires de venir avec nous, de compléter notre financement, ou de ne pas s’associer.

La culture est une compétence partagée, dans laquelle les investissements des collectivités sont parfois inégaux. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement, mais je pense que le fait d’avoir cette diversité en fait aussi la richesse. C’est à chaque collectivité d’apprécier, en fonction du projet qu’on lui propose, si elle veut accompagner au financement ou pas.

L’une des problématiques et difficultés actuelles du secteur, identifiée entre autres par le COREPS Auvergne-Rhône-Alpes, est un phénomène d’embouteillage des créations, lié à la fermeture des salles lors des confinements successifs, et le constat partagé d’une baisse de fréquentation de la part despublics depuis leur réouverture. Avez-vous une stratégie pour essayer de réanimer cette demande de public ?

Tout à fait, c’est une priorité ! Nous y travaillons avec les différents lieux qui ont des politiques très volontaires ; les lieux sont très présents, et ceux que nous labellisons et ou avec lesquels nous signons une convention, ont également en contrepartie, dans leur cahier des charges, une obligation très forte d’aller à la rencontre des publics. Nous y sommes attentifs en travaillant avec les labels, mais également dans toutes nos actions d’éducation artistique et culturelle, qui ne s’adressent pas qu’aux jeunes, mais aux personnes de tous les âges, car notre souci à chaque fois est de diversifier le public qui se rend dans les lieux et de faire revenir ce public. Ce qui est important, c’est que l’on ait la plus large représentation dans les salles.

Certains acteurs culturels regrettent que les problématiques de responsabilité sociétale des entreprises soient encore trop peu prises en compte par le ministère de la Culture. Un tel reproche vous semble-t-il justifié ?

J’entends ce constat qui est posé, il faut l’écouter, il faut l’entendre. Dans la stratégie de la DRAC, nous avons trois priorités : le fait numérique, l’aménagement du territoire et la transition écologique. Effectivement, nous essayons de faire émerger cette problématique de la RSE et de faire en sorte qu’à chaque fois que nous accompagnons une action, nous posions la question et nous regardions avec intérêt toutes les études qui sont faites, notamment autour du bilan carbone des différents événements. On se rend compte que la part déterminante de ce bilan carbone, c’est le déplacement des spectateurs. Donc nous réfléchissons ensemble à des propositions. Nous avons par exemple discuté avec la métropole de Valence de l’idée d’un circuit de bus spécifique et dédié, qui pourrait aller chercher les spectateurs ayant réservé leur place de spectacle à la Comédie de Valence, et voir à travers cette expérimentation si le temps du trajet ne pourrait pas également être le moment d’une sensibilisation, d’une forme d’éducation artistique et culturelle. Voilà un exemple de ce que nous voulons expérimenter et puis, après, essayer de reproduire.

Villeurbanne est la « Capitale française de la culture » en cette année 2022 : de quelle manière les acteurs du tissu culturel local vont-ils en tirer parti ?

Nous sommes vraiment ravis du choix de Villeurbanne comme « Capitale française de la culture », puisque c’est la première fois, avec une inauguration officielle qui a lieu le 7 janvier. L’intérêt à nos yeux du projet porté par Villeurbanne est double, d’abord, la part importante qui est faite à la jeunesse, dans une ville qui a une part très importante de jeunes ; ensuite, au-delà de l’événement festif, car évidemment dans ce type de manifestation, personne ne comprendrait qu’un volet festif n’existe pas, en plus de tout cela, il y a des actions structurelles qui s’engagent et qui vont durer après la fin de l’année 2022. C’est ce qui nous intéresse et notamment les Minimix [petits centres culturels, NDLR], installés dans les établissements scolaires. Ces actions structurelles, qui vont mobiliser l’ensemble des lieux et des compagnies déjà présents sur le territoire de Villeurbanne, permettront, en partenariat avec le CCO Laboratoire d’innovation sociale et culturelle, d’engager une culture pour tous, dans la durée. Villeurbanne était bien sûr déjà très investie dans ces domaines de la culture, mais là, ça va permettre de passer un nouveau palier.

Propos recueillis par Morgane MACÉ

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Lyon - DRAC Auvergne-Rhône-Alpes (© Morgane Macé)

Lyon – DRAC Auvergne-Rhône-Alpes (© Morgane Macé)