La participation : évolution des pratiques (1/2)

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L’enjeu de la participation des publics est au cœur des politiques culturelles, surtout en ces temps de pandémie qui ont fragilisé leur venue. Quelle place pour le spectateur ? Faut-il privilégier la participation ou le participatif ? Analyse.

La participation – PSYCHOL. SOC. [En dynamique de groupe], Engagement personnel en tant que membre du groupe pour coopérer et faire progresser d’une part le fonctionnement du groupe comme tel, d’autre part la réalisation de sa tâche et de ses objectifs (Mucch. Sc. soc. 1969).

Selon cette définition prise au CNRTL, empruntant les notions des sciences de la psychologie et de la sociologie, la participation demande avant tout une envie personnelle de s’associer à un groupe afin d’y apporter sa contribution, et ainsi montrer un engagement envers un collectif. Comment encourager à la participation quand cela dépend alors d’une motivation intrinsèque ? Comment favoriser l’engagement d’un individu dans un projet collectif ?

Ces questionnements ne datent pas d’hier, la notion de participation était déjà présente dans l’art grâce aux artistes appartenant au courant dadaïste dans les années 1910. En France, les politiques publiques s’en sont emparées dès les années 1960-1970, notamment dans le secteur culturel. La notion de participation devint « “sociale, politique et critique” et proche, du moins au niveau des “thématiques et effets” de l’animation culturelle » (Cf. Art participatif et médiation culturelle).

Des années 1990 à aujourd’hui, de nombreux artistes se sont emparés de cet enjeu en se réappropriant la notion de participation, en particulier dans les courants de l’art, de la performance, de l’art communautaire, de l’art numérique et du “street art”. Les artistes ont, progressivement, fait participer des personnes, des spectateurs évoluant en « spect’acteurs », dans leurs créations. Ainsi, les propositions artistiques participatives se sont multipliées, si bien que la tendance est passée de la participation au participatif.

Participation vs participatif

Anyssa Kapelusz s’est intéressée à l’évolution de la notion de participation et à son emploi dans un article intitulé « De la “participation” au “participatif”, évolution de la place du spectateur ». Sa réflexion s’est construite à travers le monde du spectacle, et du théâtre plus précisément.

L’autrice fait le constat d’un remplacement du terme « participation » par « participatif » dans la pratique. « Au-delà d’un simple changement de vocabulaire, elle traduirait une évolution de la pensée du spectateur, notamment de la place et du rôle que lui confère l’artiste, au cours de l’événement-spectacle. »

La participation s’apparente généralement à une expérience proposée à des publics pour favoriser l’accès à la culture, pour les sensibiliser, et surtout leur permettre de contribuer d’une manière ou d’une autre au processus créatif et/ou à la performance. Les artistes se sont interrogés sur la place des publics, souhaitant alors organiser des rassemblements artistes / publics, puis stimuler la participation.

Anne-Marie Gourdon, dans son essai Théâtre, public, perception, présente trois catégories de la participation, qui se définissent en fonction des esthétiques et des idéologies des metteurs en scène de l’époque :
– la participation pour une communauté théâtrale laïque et populaire,
– la participation comme démarche militante pour transformer l’individu et le collectif,
– la participation comme outil de mutation des liens sociaux par le principe de mimesis.

Victime de son succès, la participation a pris une place centrale ; cela « découle aussi de mutations dans les politiques publiques et du rôle élargi octroyé aujourd’hui à la culture : facteur de croissance économique dans un contexte de crise économique, vecteur de répartition du lien social et de la cohésion sociale dans un contexte de crise politique, et stratégie pour lutter contre la déconnexion entre les publics et l’art, voire, plus largement, pour recréer du “sens commun” dans un contexte de crise culturelle » (Jean Caune, 1999).

Cependant, « l’abandon progressif du terme dans les discours contemporains laisse alors supposer l’obsolescence de ce modèle » ; en effet, les artistes ont doucement délaissé la notion de participation au profit du terme « participatif ».

Le participatif, l’art participatif, souligne la volonté des protagonistes d’intensifier la participation : « l’adjectif “participatif” suppose la “participation active des protagonistes dans une action” ; le suffixe “if” insistant sur ce surcroît d’activité. » Anyssa Kapelusz définit le participatif comme un dispositif où l’utilisation de procédés et de matériel est essentielle, souvent grâce aux outils technologiques, afin de faire vivre une expérience particulière aux publics. Ces derniers deviennent « opérateurs, usagers tout en restant témoins », un rôle de plus en plus complexe.

La question se pose alors : pourquoi complexifier le parcours des publics quand ces derniers s’éloignent progressivement des salles de spectacles ?

En reprenant la définition de la participation précédemment évoquée, comment peuvent-ils s’engager personnellement dans un processus créatif s’ils ne sont qu’opérateurs, usagers et témoins d’une proposition déjà établie ?

Un atelier participatif à la cour du spectateur en juillet 2021

Lors du festival Off d’Avignon, en juillet 2021, l’éveilleur SCOP a co-organisé, avec À 2 pas de la scène et Cultures du Cœur 84, un atelier participatif sur la thématique suivante : « Les arts par / pour tous : comment faire participer tous les publics dans le processus créatif ? »

Très rapidement, les membres contributeurs se sont mis au travail (cf. retours sur l’atelier) : état des lieux de la participation, définition du processus créatif et de la participation citoyenne, recherche d’un consensus sur la définition du mot « culture », et c’est ici que tout se complique.

Malgré l’élaboration d’un plan d’action collectif pour favoriser la participation de toutes et tous dans les processus créatifs, lors des différentes phases (création, production, diffusion), la problématique reste la même. De plus en plus d’individus et de groupes s’éloignent des pratiques artistiques, pourquoi ? Une question a d’ailleurs été posée par une participante : « Comment peut-on faire pour s’intéresser à la culture de l’autre ? »

Voilà, c’est ici que se loge la réponse de ce pourquoi ! La culture est composée de traditions, de coutumes et de patrimoine appartenant à des groupes qui n’ont pas les mêmes enjeux et attentes, voire les mêmes sensibilités face aux propositions artistiques.

Comment attirer ces groupes d’individus dans des lieux, favoriser leur participation dans des démarches artistiques qui ne les intéressent pas, ou plus simplement, qui ne leur parlent pas ? Et si, comme nous l’avons défini précédemment, la participation nécessite un engagement personnel « en tant que membre d’un groupe », alors comment encourager le groupe à rejoindre un projet participatif ? Faudrait-il que ce groupe ne soit plus seulement « opérateur, usager et témoin » mais qu’il coopère ? Est-il alors toujours question de participation ?

À suivre…


Porteuse d’un projet intermédiaire, la coopérative avignonnaise l’éveilleur se définit comme un trait d’union entre les arts, l’écologie et le numérique. À la recherche d’un équilibre du vivant, les membres de la SCOP s’inscrivent dans une dynamique de changement écologique et social au cœur d’un écosystème créatif par l’expérimentation et l’innovation. L’éveilleur souhaite faire rayonner la participation citoyenne sur son territoire pour favoriser l’expression de chaque singularité et l’émancipation individuelle et collective. L’éveilleur tient une chronique mensuelle dans le journal Profession Spectacle depuis octobre 2021.


 

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