Les Bâtards dorés, collectif fondé par Romain Grard, Lisa Hours, Christophe Montenez, Jules Sagot, Manuel Severi et Lucien Valle, joueront prochainement Cent millions qui tombent, librement adapté du texte de Georges Feydeau. La première aura lieu au théâtre de la Cité, à Toulouse.

Dossier de presse

Note d’intention

Nous travaillons ainsi : l’écriture est collective, la mise en scène est collective, nous sommes tous acteurs. Seules nos problématiques évoluent. Nos spectacles Princes et Méduse sont comme l’avant-garde de notre prochaine étape de travail. Ainsi, les questionnements et les goûts que nous avons développés ces dernières années se muent et se confrontent au monde qui nous entoure, et c’est au sein de ces changements perpétuels que nous voulons orienter notre réflexion. Nous souhaitons faire de cette création le moyen de nous interroger sur le théâtre que nous faisons, à travers quels schémas culturels nous percevons le monde ; comment ces éléments ancrés, malgré nous, peuvent brider la création. Notre processus de création et de répétition s’attachera ainsi à quitter des chemins de pensées déjà arpentés pour tenter de laisser place à l’étrange, à l’inhabituel. Comment envisager et appréhender quelque chose qui nous dépasse et échappe à toute forme de rationalisation ? Comment effleurer un concept, un espace, un univers aussi abstrait qu’essentiellement mystérieux ? Dans ce cheminement de pensée, nous nous sommes orientés vers l’œuvre de Georges Feydeau.

Ses pièces sont structurées selon les mêmes schémas et intrigues, se déclinent et se répètent uniformément dans une grande partie de ses textes. C’est dans ce fourmillement chaotique et immuable de ces personnages face à leur impuissance, que nous voulons puiser notre matière. L’hystérie surréaliste que déploie Feydeau dans ses pièces, à travers une mécanique bien réglée, nous ouvre les champs possibles du chaos, de la déconstruction et de la reconstruction. Partir au plus bas « dans la terre », avec des personnages ancrés dans un quotidien très défini, là où la peur et l’égo empêchent une élévation. À l’instar du film Il est difficile d’être un dieu, du réalisateur russe Alexeï Guerman les personnages « feydaliens » sont rivés à une époque, à une norme, à des aspirations bassement triviales ; totalement aliénés, ils pataugent dans la boue de leurs culpabilités petites bourgeoises.

Partir de là, de cette conscience qui s’ignore et qui engendre un certain état d’agitation angoissée, fébrile, stérile. Dans un premier temps, nous allons rire et nous agiter comme le font les personnages feydaliens eux-mêmes. L’enjeu sera de trouver un ailleurs, une brèche et d’amener le spectateur à la prendre avec nous. À prendre de la hauteur, lâcher nos habitudes d’acteurs/spectateurs, se connecter à autre chose de difficilement définissable par les mots, à travers une expérience commune. L’intuition qu’il existe un Ailleurs, un Mystère enfoui au plus obscur de la conscience et que le spectacle va tenter de toucher du doigt.

Tenter de désembourber ces personnages, les sortir de leur ronde. Car s’ils nous font rire parce qu’ils sont humains, comme nous, et que l’on se moque d’eux comme de notre positionnement dans l’existence, comment faire pour les aimer, pour nous aimer ? Enrayer la machine Feydeau. Que se passerait-il si nous décidions de sortir un personnage de son individualisme étriqué, de sa subjectivité propre, si nous le sortions de la tourmente, le rendions conscient qu’il tourne en rond ? Vivre cette évolution. Comment les autres personnages vivront ce changement, faut-il continuer à parler fort ? Vite ? À rire ? À jouer ? À ne pas voir ?

Une pièce a retenu notre attention : Cent millions qui tombent. Écrite en 1911, elle est restée inachevée, laissant ouvert le champ des possibles.

Cette nouvelle création est aussi pour nous l’occasion d’approfondir le rapport spectateur / acteur : comment inventer de nouveaux rapports et dans quelle réalité l’inscrire ?

Nous voulons vivre une expérience commune avec le spectateur. Au même titre que les personnages ouvriront des trappes, des espaces encore jamais explorés, le spectateur sera invité à nous suivre vers cet ailleurs, à ouvrir ses propres espaces, vers cette conscience, éprouver une connexion commune et la vivre sensoriellement

Renseignements & Distribution

Durée : 2h
Public : non renseigné

Texte : Collectif Les Bâtards dorés, Georges Feydeau
Conception et mise en scène : Collectif Les Bâtards dorés
Avec Romain Grard, Lisa Hours, Ferdinand Niquet-Rioux, Jules Sagot, Manuel Sevri, Lucien Valle
Création sonore : John Kaced
Création lumière et scénographie : Lucien Valle
Création costumes : Marion Moinet
Régisseur général : Constantin Guisembert

Où voir le spectacle ?

– Du 24 au 31 janvier 2020 : Théâtre de la Cité, CDN Toulouse Occitanie

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