Le cri du SNES pour que le spectacle vivant ne disparaisse pas de nos territoires

Le cri du SNES pour que le spectacle vivant ne disparaisse pas de nos territoires
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À l’heure où certaines municipalités envisagent de fermer les théâtres jusqu’en 2021, le Syndicat national des entreprises du spectacle publie une lettre ouverte destinée aux directrices et directeurs de théâtre, afin que tous les acteurs de la filière travaillent en concertation, tant sur les mesures sanitaires que sur la protection des artistes et techniciens du spectacle vivant.

Profession Spectacle reproduit dans son intégralité leur communiqué.

Communiqué

 

Pour que le spectacle vivant ne disparaisse pas de nos territoires !

Lettre à l’attention des directrices et directeurs de théâtres municipaux et de lieux culturels.

Chers directrices, chers directeurs,

Avant tout, nous espérons que vous allez bien malgré toutes les difficultés que nous traversons.

Plusieurs producteurs et diffuseurs ont été alertés sur le fait que certaines municipalités sont en train de décider de fermer leur théâtre jusqu’en décembre 2020 ou janvier 2021, avec le risque d’être suivies par beaucoup d’autres villes.

Nous avons tous été stupéfaits, très attristés et particulièrement inquiétés par cette décision qui nous semble beaucoup trop hâtive et, surtout, absolument catastrophique pour notre métier !

Alors même que toute la France est en train de préparer la sortie du confinement avec une immense envie de reprendre son activité ;
Alors que le gouvernement incite à reprendre le travail au plus vite pour relancer l’économie en cherchant de multiples solutions pour permettre à la population de vivre le plus en sécurité possible avec ce virus ;
Les salles de théâtres municipales resteraient éventuellement fermées jusqu’à la fin de l’année ?

Et par là même les artistes, les créateurs, les techniciens, les auteurs, les metteurs en scène, les producteurs, les compagnies de spectacles seraient les seuls « oubliés » de cette France qui repart, de cette France qui a de nouveau envie d’entreprendre, de vivre et de SORTIR !

Bien sûr, si les conditions sanitaires ne sont toujours pas réunies en septembre, nous n’aurons alors pas le choix. Et les salles resteront fermées.
Mais il reste encore plus de 4 mois avant la rentrée de septembre !
Et il n’y a eu pour l’instant, aucune directive gouvernementale obligeant ou même incitant les salles de spectacles à fermer après la fin août.

Alors pourquoi cette prise de précaution si anticipée ?
Tout change très vite depuis quelques semaines et l’état d’esprit d’aujourd’hui n’est déjà plus du tout le même qu’il y a deux semaines.
Et, contrairement à d’autres professions qui vont reprendre dès le 11 mai ou en juin, nous avons le temps de nous organiser pour la rentrée.

Car si cette décision venait à être suivie par d’autres théâtres municipaux, elle entrainerait irrémédiablement l’effondrement et le dépôt de bilan de nombreux producteurs, compagnies et diffuseurs, et sacrifierait forcément par la suite les artistes et les techniciens qui perdraient leur statut, et les metteurs en scène, les auteurs, les compositeurs, les décorateurs, les costumiers, etc… qui ne pourraient plus vivre de leur métier.

C’est donc une très large partie de la filière théâtre qui serait supprimée !

Nous pensons donc, avant tout, qu’il est urgent d’attendre.

Et surtout, plutôt que d’anticiper des fermetures sur le long terme qui seraient dramatiques pour nous tous, nous devons mettre en place une grande SOLIDARITÉ entre nous (théâtres, producteurs, compagnies, artistes, techniciens), afin de trouver ensemble les solutions de la reprise.

Voici déjà quelques pistes sur lesquelles nous sommes en train de travailler pour préparer une reprise de notre activité en septembre :

1/ PRÉPARATION D’UNE CHARTE DE MESURES SANITAIRES

Un plan de mesures sanitaires afin de permettre au public de retourner dans les salles de spectacles en toute sécurité, est en train d’être élaboré, à la demande d’AUDIENS, par le Professeur François Bricaire, chef de service honoraire d’infectiologie, membre de l’Académie de Médecine.
Il devrait être prêt dans la première quinzaine de mai, nous permettant à tous, directeurs de salle et producteurs de spectacle, d’élaborer une charte de mesures sanitaires concrètes.
Il permettra aussi de prendre des mesures vis-à-vis de nos employés (techniciens, comédiens, etc…).

Cette charte permettra, au monde du spectacle vivant, de s’auto-organiser en concertation avec les Autorités et d’engager concrètement et opérationnellement tous les théâtres pour rendre les spectacles d’après confinement les plus sûrs possible, et pour convaincre le public de revenir.

Notre activité est VITALE à la Nation.
La culture est un bien de première nécessité, elle contribue à créer le lien social et la joie de vivre de nos concitoyens.

Nous vous demandons donc de laisser du temps à toutes ces mesures d’être précisées.

2/ DES NOUVEAUX MODÈLES DE PROGRAMMATION

De plus, de notre côté, nous sommes tous prêts à faire des efforts pour vous aider à remplir vos salles différemment.
De multiples idées naissent chaque jour dans nos esprits, que nous aimerions partager avec vous, pour recueillir les vôtres, et échanger sur les meilleures solutions à mettre en place pour la reprise.
Nous sommes certains que vous réfléchissez aussi de votre côté pour trouver comment accueillir nos spectacles et les programmer différemment.

Rien n’est encore concret, mais voici déjà quelques idées :

– l’éventualité de faire plusieurs représentations d’un même spectacle, pendant la saison 2020-21 (deux dans la même journée ou sur deux soirs consécutifs avec un prix très largement dégressif pour la deuxième – ou 3 pour le prix de 2) afin d’étaler les spectateurs sur plusieurs représentations ;

– se concerter davantage pour construire des itinéraires plus cohérents en termes géographiques pour mutualiser les frais d’approche et limiter l’impact écologique ;

– demander à l’État ou aux régions de subventionner les places laissées forcément vides pour respecter les mesures de distanciation…

Enfin, au-delà même de l’image désastreuse pour notre métier que renverrait la fermeture des théâtres aussi longtemps à l’avance, nous souhaiterions vivement que vous confirmiez vos options de première partie de saison en procédant à la signature des contrats de cession, comme vous avez l’habitude de le faire à cette période de l’année.

Car, si par malheur, le gouvernement venait à prendre la décision de continuer à fermer les salles de spectacles jusqu’en décembre, cet engagement nous permettrait de plaider le cas de force majeure et de mettre les artistes et les techniciens au chômage partiel, et peut-être d’obtenir des aides.
Ce que nous ne pourrons pas avoir si vous effacez d’un trait les options posées.

Nous avons bien conscience que vous êtes tous tributaires des décisions de vos élus, qui eux-mêmes, pour beaucoup, sont actuellement en ballotage à cause du report des élections, et pourraient être tentés de mettre en place des stratégies politiques ne favorisant pas la Culture au profit d’autres secteurs qui leur semblent être plus importants.

Mais, ne laissons pas les raisons financières l’emporter sur l’exception culturelle française !

C’est justement en ce temps de crise que nous devons sauver la Culture, la défendre coûte que coûte. Sinon, (en paraphrasant Churchill) pourquoi nous serions-nous battus contre ce virus ?!

Le Spectacle Vivant, contrairement à ce que certains peuvent penser, est une force économique importante, employant des dizaines de milliers de personnes sur tout le territoire.

Ne restons pas « les invisibles » de cette crise !

Élevons nos voix, tous ensemble, pour, d’abord rallier les spectateurs avec nous, puis l’ensemble de la population qui serait bien triste de vivre dans un pays sans culture et sans spectacle vivant.

Nous savons bien que vous avez tous des contraintes particulières.

Loin de nous l’idée de vous juger, nous savons à quel point vous travaillez avec passion sur votre programmation, que vous devez être anéantis à l’idée de la perdre et que votre désir premier serait évidemment de la maintenir ; mais nous espérons simplement que vous entendrez notre appel et nous comptons sur votre soutien pour parler à vos élus, et les convaincre de patienter avant de prendre leurs décisions.

Car, vous l’aurez bien compris en lisant notre lettre : vous êtes un maillon essentiel de la chaîne du spectacle vivant.

Nous avons besoin de votre soutien et que vous défendiez, avec nous, la culture du spectacle vivant auprès de vos élus pour qu’elle ne disparaisse pas de nos territoires.

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