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Le monde en partage : la dernière création de Bab Assalam, “Derviche”, est à découvrir à l’IMA

Le monde en partage : la dernière création de Bab Assalam, “Derviche”, est à découvrir à l’IMA
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Le festival musical des arts et des idées, Arabofolies, se tiendra du 18 au 27 octobre à l’Institut du Monde arabe. L’occasion d’assister à des spectacles, des concerts et des rencontres littéraires. En coup de cœur, la compagnie lyonnaise franco-syrienne Bab Assalam qui poursuit son exploration de la poésie musicale : les musiciens, accompagnés d’un spécialiste du cerceau, se produiront samedi 19 octobre, à 20h30.

Le nom du groupe lui-même, Bab Assalam, « La Porte de la Paix », annonce le programme : il sera question de partage et de fraternité. Car ici, au sein de cette compagnie, peut-être faut-il dire plutôt, de cet univers, tout est affaire de rencontres, de partages, d’émotion. Quand l’Orient s’unit à l’Occident, le baroque au chant soufie, c’est une sorte de magie qui s’élève alors de la scène.

Tout a commencé à Alep, en Syrie, en 2005. Raphaël Vuillard, clarinettiste classique, baroque, alors en tournée en Syrie, rencontre Khaled et Mohanad Aljaramani. Ce qui naissait comme une commande  se transforme en véritable coup de foudre musical. La magie opère, une famille nommée « Bab Assalam » prend vie.

Cinq ans plus tard, en 2010, a lieu le dernier concert de Bab Assalam dans la salle du trône de la citadelle d’Alep. C’est une sorte de fête lyrique, hymne à la musique et à l’amour, qui s’y déroule. L’idée incroyable est l’invitation lancée à une dizaine de derviches tourneurs pour point d’orgue à l’événement. Le concert se clôt sur une transe magnifique.

Un an plus tard, la guerre de Syrie éclate. La citadelle est détruite. Khaled et Mohanad vivent des moments douloureux avant de se réfugier en France, loin de chez eux, loin de leurs racines. L’Exil commence…

L’exil et le royaume

Mais leur Royaume est musical et traverse à la fois les siècles, les lieux et les origines. Bab Assalam se nourrit en effet à la fois de ces souffrances, de cet exil – c’est le cas du spectacle Le Voyage de Zyriab en 2015 – mais aussi de ces diverses racines culturelles qui font leur richesse commune – On ne vole pas qu’avec des ailes, en 2017. « Nous chantons l’exil. Il y a de la nostalgie, de l’émotion, il y a aussi du rire et de l’espoir dans ce que nous faisons », dit Khaled Aljaramani.

Et c’est ainsi un espoir commun et une union musicale et humaine qui cherchent à se manifester justement à travers leurs spectacles. Une musique littéralement envoûtante qui nous élève, nous transporte, permettant un voyage universel mais également mystique. C’est d’ailleurs ce que désirent provoquer en nous les musiciens avec ce dernier spectacle, Derviche, qui souhaite « tenter l’aventure d’un ‘‘voyage sans départ’’ ». Avec ce nouveau spectacle revient la quête de la pureté, de la simplicité puisqu’il ne comporte ni texte, ni vidéo, ni histoire, ni image ; uniquement la rencontre entre la musique et le corps. La musique qui nous emporte dans un voyage spirituel.

Pour cela, ils font cette fois-ci appel à Sylvain Julien, spécialiste du cerceau, qui mime sur scène une sorte de transe en écho avec celle des derviches tourneurs. « Les cerceaux sont rythme et musicalité, ils possèdent en eux comme une volonté de ne jamais s’arrêter, pour peu qu’on leur donne un peu d’énergie ; ils sont cercles et perpétuent le cercle, ils le transforment en même temps qu’ils se transforment et nous transforment », explique l’artiste. Sur scène, la liberté de la musique, la part de l’improvisation devra contraindre le cerceau tout en le laissant libre d’aller au bout de sa transe : la musique va porter la transe du danseur et réciproquement. Le cerceau  constituera ici un véritable prolongement de la musique. Sylvain Julien devra « faire corps avec la musique », la faire voir  et faire entendre les gestes. La danse, les mouvements, emportés à l’envi, vont permettre de créer de nouvelles images.

Ce spectacle, que le groupe qualifie de concert « tourné », a pour but de s’inspirer de la quête de spiritualité liée au geste des derviches. En alliant à la fois la musique soufie à la musique électro et à la guitare, en reproduisant une sorte de présence des derviches grâce au cerceau, en liant l’Orient à l’Occident, Bab Assalam, rend hommage au passé en tournant le regard vers l’avenir. Il s’agit d’emprunter un chemin qui mènera chaque spectateur au-delà du mouvement et des corps, au-delà du temps et des continents afin d’atteindre une sorte de quête transcendante, un mouvement vertical vers le divin.

Les instruments eux-mêmes illustrent cette réunion d’univers puisque, avec les voix des deux musiciens syriens, nous pourrons entendre des ouds et des percussions, de la clarinette basse et du Sylphyo, une clarinette électronique, mais aussi un instrument hautement symbolique, la clariney, qui est un mélange entre la clarinette et le ney, la flûte orientale…

C’est bien l’alliance subtile de pays, de styles musicaux, afin de mieux chanter l’union et la connaissance de soi, qui prendra corps samedi soir à l’Institut du Monde Arabe. La possibilité de s’oublier dans une sorte de transe pour mieux se retrouver, pour que chaque spectateur se découvre, se retrouve, comme l’écrivait le poète mystique persan Rûmi que « Bab Assalam » se plaît souvent à citer : « Le reste est sans importance, car à travers cette danse j’offre la possibilité à celui qui me regarde de se voir comme le reflet d’un miroir… je suis moi et un tout à la fois ».

Virginie LUPO

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Photographie de Une : Derviche, par Bab Assalam (crédits : Valentine Brune)



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