Chronique des confins (24)

David Léon

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Un jour, une écriture – Le confinement porte en lui-même une intimité, une profondeur dont peuvent se saisir les écrivains et les écrivaines, notamment de théâtre et de poésie. Nous les avons sollicités, afin qu’ils offrent généreusement leurs mots, leur écriture des confins… Derrière l’humour qui inonde les réseaux sociaux, il y aura toujours besoin d’une parole qui porte un désir, une attente, un espoir, du sens.

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Comme une prison à ciel ouvert – l’indécence politique – et maintenant ensemble – Mon visage dans Ton cou, se taire – s’il n’y a plus qu’un chant d’oiseau, il en vaut des milliers – est-ce qu’une communauté encore, serait encore possible ? LES JOURS D’APRÈS la Contagion, la Pandémie, la Perfusion. La Pénurie.

Pas un mot sur la page. Toujours rien. Toujours rien sur la page, les os. Et Ta peau sur Mes os, corps nu sans mots. La contagion de la peau, déluge – essorer la maison, aseptiser les sols, et délaver les murs –, (délire).
Et debout sur un arbre – tronc noire écorce – devant l’immensité, silence d’avant, devant, sans cris d’avant, le langage s’est brisé, un sceau.
La lune rose la pleine lune, LES JOURS D’APRÈS.
Et se laver le corps, et se sécher le corps, omoplates et tibias, et sous la plante des pieds – et Ma langue dans Ta bouche, lointaine, tellement lointaine, et Ta langue dans Ma bouche, brisée oui, si soudainement brisée –.

Pas un mot sur la page. Toujours rien. Pas un mot sur le corps. La catastrophe, le cataclysme, la contagion. L’Épidémie. La Perfusion, et l’Incurie.

Un bâton à la main un autre pèlerinage, encore les ronces, les ronces et les orties dans le cœur des futaies chemins de terre sentiers ornières, mousse mousse encore sur le pelage des arbres, détruits, déracinés, et désossés, et arrachés ; rivière encore ton corps feuilles mortes fougères jusqu’à ce que tombent nos nuits (exténuées), que se couchent nos soleils (harassés), crans d’arrêt, chiens de fusils ; nuit de Carbonne sature the milkyway lune rose LES JOURS D’APRÈS pleine lune LES JOURS D’APRÈS la levée de ton corps s’il n’y a plus qu’une voix humaine elle en vaut des milliers, maintenant ; dès à présent des blouses chirurgicales cousues de sacs poubelles faites main comme sacs mortuaires DES MASQUES filtres à café COMME MASQUES ou sacs d’aspirateurs des sous-vêtements COMME MASQUES imprimés en 3D, des tissus rapiécés tombent en lambeaux COMME MASQUES – STELLES ET TOMBEAUX COMME MASQUES-CHLOROQUINE – Moi sur ta peau réanimée et intubée à l’heure de notre mort LES JOURS D’APRÈS LES JOURS D’APRÈS, et l’étirement du temps son infinie torpeur.

CAPITALISME DE LA MORT
….. Et où
….. IRA
….. Notre nuit
….. Et où ?
….. Notre corps
….. IRA
LES JOURS D’APRÈS ?

COMME MASQUES POLITIQUES
MOTS MOTS MOTS
BRUITS BRUITS BRUITS
COMME MASQUES, IDÉOLOGIQUES

NÉOCAPITALISME DE LA MORT

« Un absolu silence. »
« Mais la douceur de vivre », tu dis.
« Pas comme avant. »
« La douceur reviendra. », tu dis. « La renaissance. »
« Pas comme avant. »

Et les Grands Oubliés, et l’Isolement social – thrombose – LES JOURS D’APRÈS l’hémorragie et les camions frigorifiques. La contagion. L’Épidémie. La Pauvreté. Le Dénuement. La Récession. La Pénurie.

Et après : et retrouver tes mains, et caresser leur sève, lécher, et la plante de tes pieds, Ta peau bronzée tes mains, ruissellent tes mains Ta sueur.
Et après : les vagues et les galets, le réchauffement des siestes, le sable fin, rouleaux la mer sa crête.
Et après : le chant d’un rossignol, les pépiements d’une grive, rouge-gorge, dans leurs stridulations, sauterelles, grillons, mante-religieuses, criquets, et scarabées.
Défilé des chenilles, déroulement de leur peau, pelures. Confection des cocons.
COMME MASQUES-CHRYSALIDES.
Et après : Volée des Sphinx à tête de mort.
Et après : saut des rorquals dans les Calanques, baleines tortues dauphins, une torsade, une roue, un bond, une réapparition, souffles, jets, marins.
ET APRÈS. ET APRÈS. ET APRÈS LES JOURS D’APRÈS.
La poésie, la page des jours, la gamme des nuits, les ciels nimbés, et ces nuages opales. Lune rose pleine lune.
Et après : et le parfum des fleurs, les chèvrefeuilles, du parfum tes cheveux, rosaces, tulipes, rosaces.
Et après : toucher ton corps nervures, duvets, trembler, trembler.
Et après : vallée des larmes de joie.
Et après : humer ta peau, humer ta peau, humer ta peau la parfumer.
Et après : respirer.
Et après : fugue, musique et fugue.

David LÉON

Écrivain dramatique

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Crédits photographiques : David Léon

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