Altair think tank et le Centre d’étude et de prospective stratégique (CEPS) publient une lettre ouverte au président de la République, dans lequel ils font un double « constat alarmant » : d’une part « tous les pouvoirs de décision sont concentrés dans les mains de personnes issues des mêmes grandes écoles », d’autre part  le système leur paraît « à bout de souffle », engendrant un blocage dans la capacité à agir, innover et se projeter.

Leur lettre est le fruit des travaux menés par Altair think tank à l’auditorium du journal Le Monde en mars 2017 et aux universités ouvertes d’Altair think tank au festival d’Avignon.

Les deux organismes proposent une série de propositions concrètes applicables tout de suite, dès lors qu’une volonté politique s’affirme. Parmi ces propositions : la mise en place d’une clause de diversité de parcours dans tous les lieux de pouvoir, l’obtention de certains postes de responsabilité pour des personnes issues de la société civile et la réforme des grandes écoles.

 Nous reproduisons ci-dessous leur lettre au président de la République, Emmanuel Macron.



LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

POUR UN RENOUVELLEMENT DES ÉLITES PAR LA DIVERSITÉ DES PARCOURS

Monsieur le Président de la République,

Un mouvement de renouvellement du personnel politique a été engagé depuis votre élection à la présidence de la République française. L’entrée au gouvernement de personnalités de la société civile, le rajeunissement et la féminisation de l’Assemblée Nationale sont des signaux forts.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Le renouvellement doit maintenant gagner l’administration, les cabinets ministériels et les directions des grandes institutions qui doivent être le reflet de la diversité de notre pays. L’opinion publique n’est pas rétive à ce changement, la majorité de nos concitoyens le souhaitent.

Depuis soixante-dix ans, ce sont toujours les mêmes élites qui détiennent le pouvoir. Des cabinets ministériels à la haute administration, pratiquement tous les pouvoirs de décision et les postes à responsabilité sont concentrés dans les mains de personnes issues des mêmes grandes écoles. Quelles que soient les qualités individuelles de ces personnes, ce système en vase clos affaiblit notre compréhension des réalités de terrain, l’efficacité de l’action publique, notre capacité d’innovation et de projection dans l’avenir. Il freine et a tendance à paralyser toute velléité de réforme. Tout change, il nous faut de la diversité aussi parmi nos élites.

Ce qui permet aux sociétés de progresser, c’est la réflexion et la confrontation des idées de femmes et d’hommes ayant des regards différents, susceptibles de régénérer le débat sur des sujets de plus en plus complexes.

Altaïr Think Tank n’est pas le seul à mener ce combat, mais il se veut être un acteur majeur dans la réflexion et l’action.

Comment sortir de ce système à bout de souffle ? Altaïr Think Tank propose notamment :

  • d’introduire une clause de diversité des parcours dans tous les lieux de décision, cabinets ministériels et haute administration ;
  • de limiter à 50% la proportion de personnes issues des grandes écoles en réservant 50% des postes à des personnes ayant une expérience et un parcours professionnel différents ;
  • d’ouvrir des voies d’accès directes entre la société civile et les organes de décision ;
  • de réformer les grandes écoles, à l’image de Sciences-Po qui a ouvert l’accès à une population issue des quartiers défavorisés, ou en renforçant le poids du troisième concours (ouvert à ceux qui ont déjà un parcours professionnel) ;
  • de réserver la moitié des directions des grandes institutions à des professionnels du secteur concerné ou à des personnes issues de la société civile.

Parce que le système actuel naturellement perdure et se protège, le changement ne peut provenir que d’une initiative politique forte.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre plus haute considération.

François Adibi, président d’Altaïr think tank Culture Médias
Loïc Tribot La Spière, délégué général du CEPS

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