La culture selon… Emmanuel Macron

Véritable ovni de la vie politique, Emmanuel Macron ne semble pas affecté par le bilan de son mandat au sein du gouvernement Hollande. Quelle est la vision culturelle de cet énarque, ancien banquier des Rothschild devenu ministre de l’économie et fondateur du mouvement En Marche ?

Tout d’abord, une déclaration de principe : « Il n’y a pas DE culture française ». Face au tollé suscité par ce propos, Emmanuel Macron revint sur sa déclaration, lors de son discours à Londres, en la corrigeant : « Il n’y a pas UNE culture française ». Un simple article qui opère, l’air de rien, un glissement de sens considérable. Cette légèreté terminologique parcourt le programme : les mesures énoncées s’avèrent souvent imprécises sur le fond et incertaines quant à leur application.

Emmanuel Macron souhaite par exemple un budget « constant » pour la culture, tout en évoquant des « redéploiements » potentiels. Faute de chiffres ou de précisions, impossible de savoir ce qu’il entend par ces termes flous.

La rationalisation du secteur culturel que le candidat en marche défend peut être déclinée en trois grands axes : la démocratisation de la culture, une compétitivité renforcée et un meilleur partage de la valeur.

Démocratisation culturelle

Les mesures liées à la démocratisation de la culture, véritable credo du Parti Socialiste, sont en grande partie reprises à d’autres, tels l’élargissement des horaires d’ouverture pour les bibliothèques et la création d’un « Pass Culture » de 500 € à destination des jeunes, idée reprise à Matteo Renzi et dont les résultats sont à ce jour mitigés. Si la première mesure ne fait l’objet d’aucune explication quant à son application, le candidat détaille en revanche le financement du Pass par la mise à contribution des GAFA, les géants du web.

Emmanuel Macron promet également que « 100% des enfants auront accès aux actions d’éducation artistique et culturelle ». Comment ? En favorisant les interventions associatives. Mais, de nouveau, rien ne nous est dit sur les moyens qu’il souhaite y allouer.

La proposition la plus concrète concerne in fine l’ouverture des nominations dans le secteur culturel, notamment des sociétés audiovisuelles publiques : le candidat souhaite que la direction des institutions devienne représentative de la société, avec la parité comme règle de base. Les dirigeants seraient nommés par les conseils d’administration après appel à candidatures publiques.

Compétitivité culturelle

Afin de renforcer la compétitivité du secteur culturel, Emmanuel Macron remet sur la table une idée que même la droite a progressivement abandonnée : la rentabilisation des industries culturelles et du patrimoine, par un désengagement progressif de l’État et un conditionnement renforcé des subventions.

Il propose que l’effort financier de l’État soit conditionné à une évaluation des politiques culturelles, sans préciser les critères de cette évaluation. La compétitivité voulue par Emmanuel Macron laisse craindre une logique de la rentabilité, au détriment des droits culturels fondamentaux des personnes.

Ce conditionnement des subventions est renforcé par deux mesures : un soutien affirmé au mécénat privé et le maintien de l’exonération des œuvres d’art de l’impôt sur la fortune (ISF).

Au niveau international, Emmanuel Macron annonce une « rationalisation » des institutions culturelles françaises à l’étranger. Un terme brumeux, laissé à la plus libre interprétation.

Conscient de l’internationalisation du marché de l’art et de la mondialisation de la culture de masse, Emmanuel Macron propose deux mesures majeures :

  • le lancement d’un Erasmus pour une meilleure circulation des professionnels de la culture ;
  • et la création d’un « Netflix » européen à même de concurrencer les grosses productions américaines.

Afin de « lever le frein de la croissance », cette rationalisation s’appliquerait enfin à l’audiovisuel, par la suppression de plusieurs chaînes publiques et la simplification des règlementations concernant la publicité, les financements et la diffusion.

Un meilleur « partage de la valeur »

Quelques propositions contrebalancent toutefois cette apparente privatisation rampante. Le candidat en marche annonce :

  • un fonds d’investissement de 200 millions d’euros destiné aux industries créatives et culturelles,
  • une aide à la diffusion du spectacle vivant par la multiplication des coproductions,
  • ou encore l’interdisciplinarité des formations artistiques par des troncs communs entre écoles d’arts.

Lorsqu’il évoque le soutien à la création, Emmanuel Macron énonce par ailleurs plusieurs propositions :

  • la défense des droits d’auteurs, des artistes et des éditeurs de contenus culturels,
  • le renfoncement de l’action contre les sites pirates,
  • une « adaptation » du soutien au cinéma pour les nouveaux formats,
  • ainsi qu’une « adaptation » du statut d’intermittent du spectacle.

A l’image de l’ensemble du programme, toutes ces mesures ne sont suivies d’aucune explication quant leur mise en œuvre concrète. Que signifie le mot « adaptation » employé par deux fois ? Quelle est la finalité du fonds d’investissement ? Envisage-t-il une nouvelle convention sur la rémunération des artistes ? Souhaite-t-il maintenir la Hadopi contre le piratage ? Autant de questions sans réponses.

Conclusion

Le programme d’Emmanuel Macron soulève finalement plus de questions qu’il ne donne de réponses… Le patchwork de ses mesures oscille entre modernité formelle et libéralisme de fond, en un flou artistique complet. Faute de clarifications, sa vision paraît privilégier un désengagement de l’État dans les politiques culturelles, sous couvert de démocratisation progressiste et de compétitivité mondialisée. Mais cette nébuleuse savamment entretenue pourrait mener pragmatiquement à une tout autre ligne si le candidat en marche venait à remporter la présidentielle.

Retrouvez tous les épisodes de notre série :



« La culture selon… » est une série vidéo de Profession Spectacle, lancée en mars 2017. En 3 à 5mn, nous vous proposons de découvrir la vision culturelle de personnalités politiques, leurs déclarations, leur bilan…

Concept, design et réalisation : Maïlys Gelin et Maël Lucas.
Conseils : Pierre Monastier



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