Simon (Jérémie Renier) est pneumologue à l’hôpital. Il est aimé et respecté de tous : de ses collègues qui admirent son professionnalisme, des malades avec qui il sait garder la bonne distance, du personnel soignant dont il partage les conditions de travail pas toujours faciles, de l’interne (Zita Hanrot) qui a pour lui les yeux de Chimène.

Sa routine quotidienne est brutalement rompue par la détérioration de la santé de sa mère (Marthe Keller), dont le cancer récidive, et par son hospitalisation dans un service proche du sien. Sa neutralité et son indifférence parfois brutale à l’égard des malades ne sont plus de mise.

L’Ordre des médecins se déroule à l’hôpital. Mais celui où officie Simon ne ressemble pas aux couloirs encombrés de la série Urgences ou de Dr House où des chefs de service charismatiques sauvent des vies avec l’aide d’infirmières super sexy. Tout est blanc, calme et silencieux dans le CHU où Simon travaille.

L’Ordre des médecins nous parle de la déontologie du praticien : peut-on accepter qu’un patient renonce à se soigner ? Que dire à celui que l’on sait condamné ? l’entretenir dans des vains espoirs ou lui asséner la brutale vérité au risque de l’assommer ? Jusqu’où pousser les soins, pratiquer une intervention, prescrire une analyse, sans sombrer dans l’acharnement thérapeutique ? Il le fait sans didactisme pesant, avec une immense humanité, en nous faisant partager ces dilemmes.

L’Ordre des médecins nous parle moins de l’hôpital que de la famille. La situation dans laquelle Simon est placé – avoir sa mère pour patient – aurait pu se dérouler dans un autre contexte professionnel – même si je reconnais volontiers que le potentiel narratif du film aurait été plus faible s’il avait été buraliste ou garde-forestier. Il nous place dans une situation dramatique : comment accompagner sa mère dans ses derniers instants ?

Il nous fait vivre le temps de l’attente, de la frustration face aux questions sans réponse, des veilles sur un fauteuil inconfortable dans le silence aseptisé d’un couloir d’hôpital. Il nous montre combien nous sommes tous égaux en face de la mort, qu’on ait un fils pneumologue ou pas.

L’agonie connaît ses brèves rémissions qui font renaître un espoir illusoire. Mathilde reçoit la visite de ses petits-enfants qui lui demandent, avec une innocente cruauté, où elle sera après sa mort. Elle leur fait la plus juste des réponses : « Dans votre tête ». Cette épreuve est l’occasion paradoxale de tester la solidité des liens familiaux, comme le fait Simon avec son père, qui refuse de comprendre la gravité de la maladie de son épouse, et avec sa sœur, qui y puise le courage de décider d’un divorce trop longtemps différé.

L’Ordre des médecins bouleversera tous ceux qui ont déjà vécu cette situation ; il bouleversera aussi tous ceux qui redoutent d’avoir à la vivre un jour ou l’autre. Mais il le fait avec une telle douceur, avec une telle justesse, qu’il réussit presque à nous réconcilier avec ces moments tragiques.

Tony PARODI

 



David Roux, L’Ordre des médecins, France – Belgique, 2018, 93mn

Sortie : 23 janvier 2019

Genre : drame

Classification : tous publics

Avec Jérémie Renier, Zita Hanrot, Marthe Keller, Maud Wyler, Alain Libolt, Fred Epaud, Bernadette Le Saché, Gautier About

Scénario : David Roux

Photographie : Augustin Barbaroux

Musique : Jonathan Fitoussi

Montage : Benjamin Favreul

Production : Candice Zaccagnino et Olivier Aknin

Distribution : Pyramide films

En savoir plus sur le film avec CCSF : L’Ordre des médecins

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