Décliné en quatre grandes mesures, ce plan a pour objectif de mieux prendre en compte la réalité des terrains. Il propose des dispositifs de soutien de projets et de l’emploi ainsi que des initiatives pour intensifier le dialogue à différentes échelles. L’objectif consiste aussi à penser une culture de demain plus solidaire et plus écologique.

Avec la crise du coronavirus, l’Union fédérale d’intervention des structures culturelles (UFISC) a senti qu’il était temps de transformer la culture. « Nous avons eu la conviction qu’il y avait un besoin d’une nouvelle dynamique, d’une nouvelle ambition et c’était partagé par différents acteurs culturels, explique Patricia Coler, la déléguée générale. Il faut reconstruire un après qui soit différent et qui mettent en avant les questions de diversité et de protections des personnes. »

C’est pourquoi l’Union fédérale a réfléchi à un « plan de revitalisation culturelle » qui inclut et renforce des dispositifs déjà existants. L’objectif serait aussi de soutenir la singularité des projets et de faire face à la réalité qui attend les acteurs culturels dans le contexte incertain de l’année prochaine, voire de 2022. Car à travers de multiples enquêtes et analyses, l’organisme s’est rendu compte des difficultés rencontrées par les structures culturelles. « Il y a une invisibilité d’une partie du secteur », précise Patricia Coler. Il s’agit du champ associatif, des coopératives ou encore des sociétés à finalité sociale. « Les plans de solidarité ont pris beaucoup de temps avant de leur être accessibles, poursuit-elle. De nombreuses structures n’ont pas été prises en compte dans les dispositifs sectoriels, notamment à cause de la diversité de l’écosystème. »

Outre une meilleure prise en compte de cette diversité, qui comprend des milliers de structures d’initiative privée et citoyenne aux buts autres que lucratifs, ce plan a aussi pour ambition de nourrir les processus de solidarité qui ont émergé avant et pendant la crise. Il se déploie en quatre axes.

1/ Un dispositif de soutien aux initiatives artistiques et culturelles citoyennes

« Il nous a paru important de soutenir la diversité culturelle en étant en confiance vis-à-vis des acteurs et à l’écoute du terrain, précise Patricia Coler. Les dispositifs en silos pour le théâtre, la danse, etc., ne correspondent pas à la réalité. Les projets sont plus transversaux, plus hybrides. »

L’UFISC souhaite aussi soutenir des initiatives citoyennes qui créent des liens de proximité au sein des territoires et entre les personnes. L’organisme propose pour cela un Fonds de revitalisation pour les initiatives culturelles (FRIC) de 100 millions d’euros par an. « Ce FRIC pourrait soutenir plusieurs milliers d’initiatives à travers des montants qui iraient de 5 000 à 40 000 euros. »

2/ Des mesures directes de protection et de capacité d’emploi

L’UFISC veut ensuite proposer un pacte pour soutenir et maintenir l’emploi artistique et culturel. Estimé à 80 millions d’euros, il se décline en plusieurs mesures qui s’appuient sur des dispositifs existants. L’objectif serait de développer ces dispositifs et d’élargir certains critères, non seulement pour prendre en compte les spécificités liées aux conséquences du coronavirus, mais aussi pour consolider des postes associatifs. « Il y a nécessité de soutenir les indépendants et les prestataires qui sont nombreux dans le secteur, illustre Patricia Coler. Cela peut passer par la prolongation de l’activité partielle au niveau du champ culturel pour 2021. »

L’UFISC propose par ailleurs d’ouvrir le FONPEPS (Fonds national pour l’emploi pérenne dans le spectacle) aux arts visuels. L’Union suggère aussi de prendre en charge une part de la masse salariale des artistes et des techniciens dans diverses situations : pour le maintien du niveau physique et des entraînements des équipes artistiques ou dans les secteurs fragiles.

Autre exemple, l’ouverture de mille postes sur deux ans dans le cadre du FONJEP (Fonds jeunesse et éducation populaire) a aussi été avancée. Ce fonds a été prévu pour soutenir l’emploi associatif culturel par le biais d’un apport de 7 500 euros par poste en CDI ou CDD long.

3/ Un programme d’appui aux démarches pour une transition culturelle, écologique et solidaire du secteur et des territoires

« Nous avons la volonté de nous engager dans des transitions et de poser la question des modèles de société pour prendre en compte l’urgence écologique et le respect des droits humains, signale Patricia Coler. Nous avons envisagé un fonds pour une transition urbaine et rurale, que nous avons appelé FUTUR, afin de soutenir les démarches et les expérimentations allant en ce sens. L’idée serait de soutenir des dispositifs de transfert des savoir-faire, d’essaimer de nouvelles initiatives et de trouver une manière plus solidaire de faire de la culture. »

Ce fonds s’élèverait à 20 millions d’euros pour 40 000 structures bénéficiaires potentielles. Il s’accompagne d’un programme qui décline des actions sur deux ans, comme le soutien des démarches de coopération artistique qui mettent en place des actions solidaires. Ce programme s’appuiera sur des partenariats avec des acteurs tels que France Active.

4/ Des Maisons communes art et culture (MCAC) dans toutes les régions

L’UFISC souhaite enfin développer des Maisons communes art et culture (MCAC) dans toutes les régions pour l’organisation de l’écosystème culturel. Elles auraient aussi pour but la co-construction des politiques publiques entre les collectivités territoriales, l’État, les organisations professionnelles et les citoyens. « Il est important de consolider cet écosystème composé de petites entreprises de moins de dix salariés et d’indépendants tout en renforçant les dialogues, précise Patricia Coler. Le tout doit se faire en s’appuyant sur des organisations existantes, comme le COREPS [Comité régional des professions du spectacle, NDLR]. »

Quant à la concrétisation de ce plan, Patricia Coler souligne que l’UFISC est en dialogue avec les parlementaires et l’État. « Dans le projet de loi de finance 2021, deux milliards d’euros ont été proposés dans le cadre du plan de relance, conclut-elle. Nous pensons que 10 à 15 % de ces montants devraient pouvoir soutenir les incitatives culturelles. »

Chloé GOUDENHOOFT

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