Du 3 au 11 novembre aura lieu le congrès ENCATC 2020 sur un thème particulièrement d’actualité, à l’heure où le numérique a complètement envahi toutes les strates de la société et bien des domaines de notre vie quotidienne, une invasion renforcée par la terrible pandémie à laquelle nous faisons encore face.

Le thème ? « Management et politique culturels dans un monde post-digital –  navigation incertaine ». Ce congrès fait suite à celui de 2019 qui eut lieu à la Burgundy School of Business à Dijon et dont Profession Spectacle était partenaire.

Nous avons rencontré Giannalia Cogliandro Beyens, secrétaire générale du réseau ENCATC, pour comprendre l’angle de vue, les enjeux et la portée de ce congrès entièrement virtuel.

Entretien.

Du 3 au 11 novembre aura lieu le prochain congrès ENCATC, dans un format entièrement virtuel. Comment avez-vous vécu ces derniers mois et conçu cette édition ?

La COVID-19 a impacté tous les secteurs de la vie, touchant tous les continents et tous les domaines, y compris la culture et l’éducation. Nous sommes maintenant confrontés à des temps inédits et incertains. La pandémie a provoqué des scénarios jamais vus auparavant, propulsant certaines personnes et institutions dans l’innovation, d’autres dans la panique, et beaucoup flottant quelque part entre les deux. Cependant, notre conviction commune et inébranlable que la culture et l’éducation nous aideront à traverser les défis les plus importants est ce qui nous motive pour travailler ensemble, partager nos connaissances et collaborer. En réponse à ce contexte, ENCATC a décidé d’investir cette année dans un événement optimisé par la technologie numérique et d’immerger ses membres et tous les participants dans une passionnante expérience digitale. À travers un tel choix, nous voulons éviter une énième rencontre Zoom et montrer que le congrès annuel de l’ENCATC reste toujours l’événement international majeur pour nos membres et tous ceux qui nous suivent, c’est-à-dire la seule plate-forme mondiale qui rassemble des éducateurs, des chercheurs, des professionnels de la culture, des décideurs politiques et des artistes capables d’avancer de faire avancer la réflexion sur l’éducation, la recherche et la pratique du management et de la politique culturels.

L’an dernier, vous vous réunissiez à la Burgundy School of Business de Dijon pour réfléchir sur le thème de la diversité et de la viabilité dans le secteur culturel et créatif. Quels furent les points marquants de votre réflexion ?

Le congrès de l’ENCATC à Dijon a non seulement ouvert un vaste dialogue sur la diversité dans les secteurs créatifs et culturels, ainsi que sur la manière dont cette diversité culturelle contribue à la viabilité des discours et des pratiques, mais nous a également permis de repenser le management et la politique culturels dans le contexte particulier du débat sur la diversité et le développement durable. Un ouvrage rassemblant les diverses contributions et publié par /encatcSCHOLAR paraîtra à la fin de ce mois d’octobre : Diversity and sustainability at work. Policies and practices from culture and education. Ce volume inclut une interview avec notre conférencier d’honneur, David Throsby, éminent professeur d’économie à l’université Macquarie de Sydney, en Australie, ainsi que des réflexions menées par des universitaires et des professionnels de la culture sur des thèmes aussi divers que « l’accessibilité aux programmes artistiques », « le rôle des compétences entrepreneuriales pour l’éducation et la formation dans le champ du management culturel », « la diversité, l’intersectionnalité et la santé dans le secteur cinématographique britannique », « la diversité pour un développement viable dans les villes et régions : deux études de cas aux Philippines », « la viabilité de la scène culturelle indépendante en Serbie » ou encore « une pédagogie humanisante pour la musique et les programmes artistiques ».

Cette année, vous travaillerez sur le management et la politique culturels dans un monde post-digital, en soulignant d’emblée le caractère incertain que cela sous-entend. Tout d’abord, qu’entendez-vous par « post-digital » ? N’est-ce pas paradoxal de penser un monde « post-digital » quand le numérique n’a justement jamais été aussi présent dans l’espace privé et public ?

Le thème du congrès 2020 est : “Cultural management and policy in a post-digital world – navigating uncertainty”. Le champ culturel, constamment marqué par des évolutions et des remises en question, et aujourd’hui sous la menace de l’épidémie, trouve de multiples agents culturels – dans un processus plus ou moins conscient – en train de se repositionner dans un contexte post-digital. Que voulons-nous dire par « post-digital » ? Nous nous sommes appuyés sur la définition qu’en donne Florian Cramer, maître de conférences à l’académie Willem de Kooning Academy et professeur à l’université de Rotterdam aux Pays-Bas, qui sera notre conférencier d’honneur pour cette édition 2020. Selon lui, « post-digital » ne renvoie pas à un monde dans lequel le digital serait derrière nous, mais plutôt à un contexte où la digitalisation a intégré toutes les sphères de la vie, marquant en profondeur les changements culturels et les mutations à venir – dans une proportion tout à fait différente que lorsqu’elle fit irruption pour la première fois dans notre société. Le savant et écrivain Dominique Kalifa suggère par ailleurs que « post- » est intrinsèquement lié à l’incertitude, ce qui rend l’exploration du monde post-digital probablement plus actuel que jamais.

Giannalia Cogliandro Beyens

Giannalia Cogliandro Beyens

Plus généralement, pourquoi avoir privilégié une telle thématique en cette période de crise sanitaire, si tendue pour le monde des arts et de la culture ?

Nous sommes solidaires des institutions culturelles, des universités, des centres de formation et de recherche qui vivent les effets de ces fermetures massives ; celles-ci impactent leurs missions fondamentales qui sont d’offrir aux gens des lieux pour se rassembler paisiblement, pour apprendre et être inspirés. En tant que structure sans but lucratif, ENCATC est foncièrement guidé par la mission de stimuler le développement du management culturel et de la politique culturelle pour l’éducation, en Europe et au-delà, s’engageant et répondant aux nouveaux questionnements politiques, économiques, sociétaux et technologiques. C’est pourquoi nous avons cette détermination inébranlable de continuer à soutenir la construction d’une société meilleure, avec des citoyens informés grâce à une rigoureuse connaissance sociale et inclusive des pratiques. Le pouvoir et la résilience dans le fait d’échanger des idées sont possibles si nous les partageons et les testons dans un espace commun, en comparant paisiblement les différences de perspective, l’expérience, la connaissance de base, la méthodologie, les origines géographiques et culturelles, etc. En ces temps incertains, ENCATC est en train de travailler de sorte que ces transferts de connaissance puissent s’épanouir alors même que la mobilité des universitaires, des chercheurs, des professionnels de la culture et des artistes est fortement réduite. Nous prenons au sérieux la nécessité de maintenir et de nourrir de fortes connections, pour assurer l’interaction intellectuelle et l’innovation que notre secteur mérite. ENCATC est convaincu que, grâce à notre humanité et notre force communes, nous sortirons plus forts de cette crise, plus résilients et avec une plus grande compréhension et tolérance mutuelles.

Comment les arts et la culture peuvent-ils porter une réflexion, voire apporter des solutions, dans un monde de plus en plus digitalisé ?

C’est précisément ce genre de questions qui connaîtra une meilleure compréhension tout au long de ce congrès ! Des intervenants venant du monde entier partageront de nouvelles connaissances, des pratiques innovantes et des partages d’expérience sur la manière dont les arts et la culture peuvent stimuler la réflexion ; ils proposeront de nouvelles idées et des solutions innovantes pour répondre aux défis face à nos sociétés de plus en plus digitales. Nous évoquerons également certains défis imprévus…

Lesquels ?

Ils sont nombreux : l’adaptation du management culturel et de la politique de l’éducation dans un tel contexte, l’évolution des publics dans un environnement post-digital, les nouvelles perspectives que peuvent apporter les arts et la culture dans les différentes sphères de la vie, bien au-delà des approches purement technologiques…

Avec cette liste de défis, nous abordons déjà le programme… Concrètement, quels seront les moments forts de votre congrès ?

Notre dynamique programme digital est prêt : discours inaugural, groupes de travail et débats seront animés par des experts reconnus dans leur domaine. Par exemple, sur la question de « la transformation digitale dans les industries culturelles et créatives », il y aura d’intéressantes discussions autour de la production, de la consommation et de l’entrepreneuriat dans le digital, avec des intervenants tels que Marilena Vecco, professeure en entrepreneuriat culturel à la Burgundy School of Business à Dijon, Piero Luigi Fratini, qui travaille à la Commission européenne sur les questions éducatives, audiovisuelles et culturelles, Ruth Rentschler, professeure à l’école de commerce UniSA en Autralie, et Yi Lin, professeur de l’école Cheung Kong et directeur du Centre national de recherche sur la communication interculturelle des arts (NCRICA) à l’université de Pékin.

Nous nous intéresserons également à « l’héritage tangible et intangible face à la dématérialisation », avec des experts tels que Ernesto Ottone Ramírez, sous-directeur général pour la culture à l’UNESCO, Piero Luigi Fratini, David Vuillaume, président du Réseau des organisations des musées européens (NEMO), Harry Verwayen, directeur exécutif de la fondation Europeana, Gianpiero Lotito, fondateur et directeur de FacilityLive et président de l’Alliance tech européenne (EUTA), Davide Usai, directeur exécutif de FAI en Italie, ou encore Emanuele Briano, créateur de Guide your Guide (EUvsVirus Initiative), vainqueur du hackhaton (catégorie arts) organisé par le Conseil européen pour l’innovation pendant le confinement.

Notre onzième session “éducation et recherche” nous donnera accès, non seulement au plus grand panel de recherches menées dans le domaine du management et de la politique culturels, mais également aux pratiques les plus innovantes d’enseignement et de formation, avec une session spéciale consacrée aux doctorants. Nous récompenserons d’ailleurs les meilleures thèses sur le management et la politique culturels au cours d’une remise de prix.

Enfin, un réseau interactif virtuel sera en ligne, sur lesquels les participants pourront rencontrer pendant deux semaines des homologues du monde entier. Ils pourront promouvoir leur travail, créer de nouvelles alliances, partager des informations, voire commencer des collaborations internationales. En parallèle sera proposé un espace sur lequel seront exposés les projets, les livres et les services culturels pour un public mondial venu d’une cinquantaine de pays.

Pour finir, qui peut participer à ce congrès virtuel et que doit-il faire ?

Le congrès sera particulièrement intéressant pour les professionnels et enseignants de la culture qui travaillent dans le spectacle vivant. Une des sessions principales aura pour thème : « Convergence des médias et développement de l’audience dans un contexte post-digital. » Savons-nous pourquoi les gens participent ou non aux arts et à la culture dans un contexte post-digital ? Comment les responsables culturels devraient-ils adapter leur travail alors que la COVID-19 est en train de virtualiser les contenus culturels ? Comment les formateurs devraient-ils adapter leur enseignement de sorte de bien préparer la prochaine génération qui travaillera dans le spectacle vivant ? Le congrès est plus largement ouvert à tous ceux qui sont intéressés par son thème principal, ou encore à tous ceux qui veulent rencontrer des éducateurs et des chercheurs qui œuvrent aux quatre coins du monde dans les domaines du management culturel, de la politique d’éducation, etc.

Pour participer, il suffit de s’enregistrer sur le site dédié : congrès de l’ENCATC 2020.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Pierre MONASTIER

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