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Opale lance ESS’perluette pour donner à voir les liens entre culture & ESS

Opale lance ESS’perluette pour donner à voir les liens entre culture & ESS
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À la veille de ses 30 ans, Opale propose de réinterroger avec les acteurs culturels et artistiques leurs pratiques de l’économie sociale et solidaire, et leurs liens avec les droits culturels et les communs. Opale propose ESS’perluette, un outil simple, conçu comme un autoportrait pour aider celles et ceux qui le souhaitent à se positionner autour des valeurs fortes de l’ESS et repérer des ressources pour aller plus loin.

Caractérisée notamment par la grande diversité de ce qu’elle cherche à représenter, l’Économie Sociale et Solidaire met ainsi bien souvent un grand nombre d’acteurs en difficulté pour en appréhender les contours. Alors que la loi de 2014 a permis d’en donner une forme institutionnalisée et d’en légitimer les instances, et si ce cadre de référence clarifie les modes de contractualisation avec notamment les pouvoirs publics et les acteurs du financement solidaire tout en formalisant les grands principes d’application (gestion collective et participative, lucrativité limitée, finalités citoyennes…), il n’en demeure pas moins que l’ESS est avant tout la construction fonctionnelle d’un secteur d’activité très disparate. Il nous semble alors que, dans ce contexte, peu d’acteurs culturels saisissent la pertinence et tout l’intérêt de s’approprier et revendiquer les principes et enjeux de cette économie plurielle.

Prise dans sa perspective historique, l’ESS peut être comprise comme un processus en construction entre les sphères publique, marchande et privée. Si le secteur culturel résonne bien souvent avec l’ESS, c’est que l’on doit également le saisir dans la diversité de ses facettes et dans les tensions entre ces différentes sphères. Il s’agit de prendre en compte à la fois l’histoire complexe des politiques publiques de la culture et des processus de décentralisation, la montée en puissance des industries culturelles ou encore le développement des associations culturelles et artistiques, des pratiques en amateurs, les phénomènes de rurbanisation et de néoruralité, etc. S’efforçant d’allier « émancipation et protection », entre « économie de la réparation et économie de la transformation » (voir les travaux de Jean-Louis Laville), l’ESS manie nécessairement certaines contradictions avec autant sinon plus de poésie parfois que ne le fait le secteur culturel, lui-même en tension entre démocratie et démocratisation, institutions et structures « intermédiaires », commande et création artistique, professionnels et amateurs…

Pour cet observateur-accompagnateur des dynamiques culturelles et artistiques issues des initiatives de terrain, bien souvent associatives, qu’est Opale depuis trente ans, tenter d’en poser une définition consensuelle est forcément risqué. Ainsi est-ce une approche plus en diagonale et très largement inspirée par les démarches et actions de l’Ufisc, du MES, ainsi que par le référentiel des droits culturels, qu’a adoptée Opale, en faisant revivre, douze ans après, la Déclaration des initiatives artistiques et culturelles de l’économie solidaire.


Répondre à l’autoportrait : ESS’perluette

ESS’perluette se présente ainsi comme un autoportrait qui, à travers une série de propositions simples et concrètes, aborde une partie des caractéristiques liées à l’appartenance à l’ESS. Il n’est pas tant question ici de regarder de façon schématique un statut juridique ou des écarts de salaires, mais plutôt de questionner par petites touches certaines pratiques dans le fonctionnement et le mode de faire. Il aborde ainsi la question de l’économie sociale et solidaire par l’éthique de la relation humaine. Dans cette idée, par exemple, une école de musique aura beau être associative et gérée par un conseil d’administration de bénévoles dans le respect des règles de la gestion désintéressée, ESS’perluette amènera à interroger la place qui est faite au renouvellement des instances (plus de jeunes, plus de femmes ou de diversité…), aux conditions de travail des artistes intervenants ou aux relations avec les autres écoles de musique du territoire, etc. Outil non dogmatique, ESS’perluette doit bien plutôt être vu comme un support ou un prétexte aux échanges, concertations et débats collectifs qui ne manquent pas de rythmer la vie d’une structure culturelle et questionner à nouveau son projet.

Entre 2006 et 2018, le paysage a très fortement évolué. La Déclaration des initiatives artistiques et culturelles de l’économie solidaire se présentait comme un texte d’engagement à suivre une démarche de progrès sur tous les aspects des relations humaines induites par le travail artistique et culturel, texte d’engagement que les acteurs signaient publiquement. Elle faisait écho aux travaux de l’Ufisc de cette période autour de la rédaction du Manifeste pour une autre économie de l’art et de la culture et à une invisibilité du fait associatif en général, et dans le secteur artistique en particulier, si marqué par un ministère garant d’une culture légitime. Douze ans après, si l’indispensable travail de reconnaissance reste nécessaire, l’Ufisc s’est désormais fait une place dans les instances professionnelles (au CNPS notamment), tandis que le rôle fondamental des structures associatives culturelles sur les territoires s’est vu conforté par les soutiens des collectivités territoriales, la mise en place d’espaces de concertation (sur le principe des Solima, Sodavi…) ou encore tout récemment l’évocation dans le PLF 2019 du ministère de la culture de lignes budgétaires visant à soutenir les structures de l’ESS.

Douze années au cours desquelles ce secteur culturel de l’économie solidaire s’est également consolidé grâce à l’appui du dispositif local d’accompagnement (DLA), sollicité par plus de 12 000 projets culturels (principalement associatifs), accompagnés et outillés pour pérenniser leurs emplois et déployer leurs activités.

S’il ne s’agit donc plus d’une auto-proclamation visant à affirmer une appartenance à un secteur en cours d’institutionnalisation, l’outil ESS’perluette reprend cependant l’idée même de démarche de progrès et réaffirme l’importance d’une mise en pratiques des grandes valeurs portées par l’ESS. À l’heure où se mélangent souvent les principes et concepts de l’économie sociale, l’économie solidaire et de l’entrepreneuriat social, ESS’perluette entend surtout aider les porteurs de projets, les citoyens et citoyennes à mieux comprendre leurs propres pratiques, de manière à leur redonner tout leur sens, et s’affirmer comme pouvant être à la fois utopistes et réalistes.

Luc de LARMINAT et Lucile RIVERA-BAILACQ

En savoir plus sur la démarche : Culture & ESS : questionnez vos pratiques !



Répondre à l’autoportrait : ESS’perluette


 

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