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Organiser l’Économie sociale en Francophonie

Organiser l’Économie sociale en Francophonie
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Il y a un lien étroit et fort entre l’économie sociale et la francophonie… la preuve par l’Histoire.

Actualité de l’économie sociale

Il serait abusif, et en tous cas contre-productif, de vouloir affirmer une prédominance ou une spécificité francophones en matière d’Économie Sociale. Celle-ci se développe en effet avec une grande diversité dans toutes les nations du globe. Cependant les arguments pour créer des réseaux spécifiquement francophones dans l’Économie Sociale ne manquent pas.

Il y a d’abord le poids de l’Histoire ; une grande partie de ce qui a été écrit sur le sujet depuis les origines l’a en effet été en langue française. Mais il y a surtout le fait que les entreprises et les organisations constituant l’Économie Sociale sont par nature plus stables, plus soucieuses du long terme, plus enracinées dans leurs activités et leurs territoires que ne le sont les entreprises capitalistes. Pour comprendre leur fonctionnement et leurs besoins, pour favoriser leur croissance et asseoir leur pérennité, il faut connaître leur milieu et parler leur langue. Le vaste espace francophone représente sur ce point un atout considérable pour une communication efficace, notamment en direction des pays du Sud.

Les origines de l’Économie Sociale sont lointaines et diverses. On a souvent voulu la réduire aux « socialismes utopiques » issus des doctrines de Fourier, Owen et Saint-Simon. Le mot a été vraiment consacré en France par Frédéric Le Play en 1855. Aux Expositions Universelles de Paris, en 1889 et en 1900, le pavillon de l’Économie Sociale présentait aux visiteurs du monde entier les réalisations sociales des coopératives ouvrières, des sociétés de secours mutuels et des patronages. Puis le terme tomba en désuétude à mesure du développement, d’un côté du marxisme, de l’autre de l’État Providence. Dans sa forme moderne, qui regroupe, avec quelques nuances, les entreprises à forme coopérative, les mutuelles et les institutions sans but lucratif, l’Économie Sociale réapparaît en France en 1977 et y est institutionnalisée en 1982. Elle s’est ensuite rapidement étendue à la Wallonie et au Québec, s’est internationalisée d’abord vers le monde hispanophone, puis à l’ensemble du Canada, enfin à divers pays européens, au Japon, à la Corée du Sud et au Maroc.

La sphère francophone, qui a certes perdu son rôle moteur et qui ne tire aucun bénéfice de son antériorité, reste néanmoins une composante majeure de l’Économie Sociale mondiale. Mais elle n’y est guère visible en tant que telle, car aujourd’hui, si elle a gagné un second S en devenant l’ESS (Économie Sociale et Solidaire), elle s’est organisée sur des bases sectorielles ou géographiques où la langue de communication dominante est désormais l’anglais.

Ce tropisme anglophone n’a fait l’objet d’aucune décision formelle mais n’a pas rencontré non plus d’opposition ni de réticence, d’une part parce qu’à Bruxelles les groupes de pression ne sont entendus que s’ils s’expriment en anglais, et d’autre part parce que les scientifiques et les chercheurs ambitionnent avant toute chose d’être publiés dans des revues qui comptent au niveau mondial, revues toutes anglophones.

Or l’Économie Sociale est faite de particularités, d’engagements locaux et personnels, d’une extrême diversité humaine, tout autant culturelle qu’économique. Elle ne gagne rien à la mondialisation ni à faire de l’anglais international son idiome. Elle y perd au contraire l’essentiel de sa saveur. Les textes traitant de l’ESS dans le sabir universitaire anglo-saxon sont le plus souvent d’une affligeante banalité. Ils ne séduisent ni le lecteur lointain, curieux d’idées originales et de connaissances nouvelles, ni le lecteur proche, qui n’y retrouve pas les réalités qu’il côtoie chaque jour.

Dès lors, loin de constituer un repli sur soi ou une fermeture à l’Autre, l’idée de donner consistance à une structuration internationale de l’ESS sur des bases linguistiques répond à un besoin d’efficacité et d’intégration. Les réseaux naissants d’ESS en Afrique francophone, qui seraient perdus et écrasés par une expression dans un anglais basique, véhicule naturel d’une pensée toute autre, y trouveront un relais naturel de croissance et d’enracinement. L’impasse dans laquelle se sont fourvoyées les politiques publiques d’aide, les piètres résultats dont peuvent se prévaloir les ONG internationales, notamment américaines, nous commandent de donner désormais la priorité aux principes d’autonomie, de solidarité et de responsabilité qui sont ceux de l’Économie Sociale.

Il ne s’agit ni d’une recette miracle, ni d’une nouvelle mode, mais de solutions éprouvées et durables. S’agissant de l’Afrique, on ne peut dissocier les problèmes de pauvreté, de pollution, de biodiversité ou d’immigration, car tous ces enjeux s’interpénètrent et sont présents au cœur de l’objet social et de la gouvernance de la plus petite des coopératives villageoises. Et ce n’est qu’à ce niveau qu’ils pourront trouver une solution.

Aujourd’hui, la perspective de l’ouverture prochaine d’une Cité de la Francophonie dans le château de Villers-Cotterêts nous suggère une implantation toute trouvée pour une future structure d’animation de l’Économie Sociale (et Solidaire) au service du développement, notamment des pays d’Afrique.

Philippe KAMINSKI

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* Spécialiste de l’économie sociale et solidaire (ESS) en France, le statisticien Philippe Kaminski a notamment présidé l’ADDES et assume aujourd’hui la fonction de représentant en Europe du Réseau de l’Économie Sociale et Solidaire de Côte-d’Ivoire (RIESS). Il tient depuis septembre 2018 une chronique libre et hebdomadaire dans Profession Spectacle, sur les sujets d’actualité de son choix, afin d’ouvrir les lecteurs à une compréhension plus vaste des implications de l’ESS dans la vie quotidienne.

Philippe Kaminski - Actualité de l'économie sociale



 

 

 

 

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