Une aide bienvenue alors que la crise sanitaire frappe toujours durement le secteur artistique ! La Commission européenne lance un dispositif de circulation des œuvres du spectacle vivant, porté par quatre acteurs importants du secteur : Circostrada, EFA, IETM et EDN. Appel à candidature à la mi-juin.

Un nouveau dispositif de circulation des œuvres du spectacle vivant mandaté par la Commission européenne, Perform Europe, est en train de voir le jour. Porté par plusieurs réseaux professionnels du secteur, il proposera à la mi-juin un appel à candidature sur sa plate-forme digitale pour une aide aux tournées internationales, dans les quarante-et-un pays membres du programme Europe Créative.

Un projet expérimental qui favorise les possibles

Après de nombreux et longs plaidoyers auprès de la Commission européenne pour un soutien aux tournées internationales, et alors que le plan septennal dédié à la culture, Europe Créative, touche à sa fin, un projet pilote de dix-huit mois financé à hauteur de 2,5 millions d’euros a été lancé fin janvier dernier, porté par quatre acteurs importants du secteur : Circostrada, EFA, IETM et EDN – et accompagné par IDEA Consult, une agence de conseil et recherche basée à Bruxelles.

La première phase est en cours : elle consiste en une grande enquête internationale sur la mobilité des œuvres en Europe. La deuxième phase, qui s’ouvrira autour du 15 juin, vise directement l’aide aux professionnels par l’ouverture d’une plate-forme de rencontres entre distributeurs et artistes, ainsi qu’un appel à candidature pour des projets de tournée en Europe. Une dernière phase consistera en des recommandations politiques auprès de la Commission.

Ce projet expérimental, porté financièrement par l’Europe de manière exclusive, a donc aussi pour objet d’influencer les politiques européennes en matière de soutien au spectacle vivant et, qui sait, comme le précédent projet i-Portunus – pour la mobilité des artistes et des professionnels des arts visuels et du spectacle vivant –, à instituer une enveloppe financière dans le budget septennal. « Cela nous permet de nous mettre au travail avec une institution politique et financière qui n’est pas habituelle, ce qui implique un rapport nouveau, développe Stéphane Segreto-Aguilar, responsable du développement international d’ARTCENA et coordinateur du réseau Circostrada. La Commission, qui a écouté les secteurs, met à disposition une enveloppe financière ainsi que ses compétences, en faisant confiance à des réseaux européens pour tester des choses. On est dans un réel dialogue. »

Ce dialogue et ces perspectives favorisent les possibles. « C’est très ambitieux, s’enthousiasme le coordinateur du réseau Circostrada. C’est un projet expérimental. On essaie, on va peut-être se tromper. On va recommencer, on va ajuster, c’est aussi ça qui est très excitant. »

Une aide innovante et exigeante

L’aide aux artistes et aux distributeurs revêt plusieurs dimensions : une plate-forme pour la visibilité, une rencontre des acteurs du secteur à l’échelle européenne, une aide financière et un accompagnement par le biais d’ateliers pour soutenir concrètement les projets au-delà de la simple subvention. Le nombre de projets soutenus et les sommes allouées restent encore à ajuster mais le responsable du développement international d’ARTCENA annonce déjà des enveloppes de dix à vingt mille euros. « On n’est pas sur du saupoudrage, insiste-t-il. Ce sont des aides substantielles. »

Il s’agit d’un dispositif innovant dans la mesure où le cadre éthique est un élément clef de l’allocation des aides : durabilité – intégrant l’écologie, mais dans sa complexité face à des référentiels humains –, inclusion des publics et équilibre des acteurs (disciplines artistiques, taille des organisations, origine et secteur géographique) sont au cœur de Perform Europe, pour amener de nouveaux acteurs sur les scènes internationales. L’élection des candidats sera établie par un jury indépendant sur la base de ces critères.

« Ce n’est pas qu’on souhaite écarter les organisations ou projets qui ont l’habitude de tourner, mais on veut faire en sorte que tout le monde y ait réellement accès, précise Stéphane Segreto-Aguilar. Et ce n’est pas parce que la plate-forme est sur l’internet que tout le monde y aura nécessairement accès. On a conscience qu’il faut aller au-devant de certaines communautés. » Les relais nationaux et les contacts professionnels des réseaux collaborant au projet seront des appuis, afin de mener à bien cet enjeu participatif « pour toucher ces personnes que l’on ne touche pas d’habitude ».

Arts concernés : théâtre, danse, cirque et arts de rue

L’appel à candidatures débutera mi-juin, pour deux semaines, sur la plate-forme nouvellement ouverte, avant un second tour, consacré aux partenariats, durant tout le mois de septembre. Les candidatures libres seront réservées aux disciplines du théâtre, du théâtre musical, de la danse, du cirque et des arts de la rue – la musique étant soutenue au niveau européen par d’autres dispositifs.

Un formulaire et tous les documents nécessaires seront disponibles dans un maximum de langues concernées par les quarante-et-un pays partenaires.

Digital versus présentiel

Perform Europe n’a pas été initialement pensé dans un contexte de crise qui perdurerait. La crise complexifie les choses en même temps qu’elle risque d’atrophier les possibles de l’outil digital. « On essaie de faire en sorte que le digital trouve sa juste place, confirme Stéphane Segreto-Aguilar. La pandémie n’est pas la seule entrée possible pour comprendre et se servir de ce dispositif. Il doit favoriser les trois valeurs du projet. Et d’un point de vue artistique et esthétique, il peut aussi permettre de défricher d’autres terrains. Mais on ne veut pas le rendre obligatoire ou essentiel. C’est aussi la démarche des créateurs et des artistes de voir comment s’emparer de cet outil. »

Comment parler de tournée européenne quand certaines frontières sont fermées, que les trafics aérien et ferroviaires connaissent de grandes difficultés ? « Cela fait quasiment douze mois que la mobilité artistique et culturelle est à l’arrêt, admet le responsable du développement international d’ARTCENA. Or on se lance dans un projet de soutien à la circulation des œuvres, alors qu’on peut encore difficilement prendre l’avion. »  Mais loin de baisser les bras, Stéphane Segreto-Aguilar souhaite aller de l’avant. « Certes il y a plein de contradictions dans ce qu’on vit, conclut-il. Mais c’est peut-être aussi le moment d’expérimenter des choses. »

Pauline ANGOT

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