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“Phèdre !” : l’unique comédie du festival réjouit Avignon

“Phèdre !” : l’unique comédie du festival réjouit Avignon
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Chant d’amour à la langue et au théâtre, Phèdre ! trace avec humour les grandes lignes de l’antique drame, sur un texte sympathique de l’auteur suisse François Gremaud, servi par un comédien exceptionnel, le jeune français Romain Daroles. Un spectacle qui a réjoui à Avignon, avant une grande tournée en France, en Suisse et en Belgique.

Phèdre ! Un minuscule point d’exclamation – ou point d’« admiration » comme il était appelé à l’époque de Racine – suffit à faire basculer le spectateur de la tragédie à la comédie. Car c’est bien d’une comédie dont il s’agit, la seule et unique du 73e festival d’Avignon, présentée comme une déclaration d’amour au drame classique.

Classicisme au présent

La pièce se présente sous la forme d’une conférence originale, presque saugrenue, menée de main de maître d’école par le jeune comédien gascon Romain Daroles, vêtu d’un gaminet blanc, d’un pantalon en denim et de chaussures de sport. Le personnage qu’il joue, un professeur enthousiaste et bouillonnant, porte ses prénom et nom. Il vient nous raconter l’histoire tragique de Phèdre, de ses origines familiales à l’ultime malédiction, signant la mort de l’héroïne.

Le texte entremêle narration classique et incursions présentes, la grande histoire immémoriale et les anecdotes contemporaines sur l’histoire du théâtre, l’alexandrin, la métrique, le vers racinien. François Gremaud se fait le doux et fervent chantre d’un classicisme qui a porté la langue vers l’un de ses sommets. Il convoque à cet effet de nombreuses références, de Marcel Proust et Jean Vilar à Victor Hugo et Bourvil, du Manège enchanté à Yves Klein et Marcel Duchamp. Il assume jusqu’au bout un humour simple et presque naïf, construit à coups de massifs calembours ou d’allusions à la culture populaire, notamment musicale : Sea sex and sun de Serge Gainsbourg, La Mamma de Charles Aznavour, Mourir sur scène de Dalida, Comme les Rois mages de Sheila ou encore la ritournelle Colchiques dans les prés qui se conclut dans la pièce par « C’est la fin de Médée »

Il y a certes des facilités à ces plaisanteries jobardes, qui nous lasseraient vite – malgré les rires qu’elles provoquent inévitablement – s’il n’y avait la présence enthousiaste, la performance excitée, la fougue intarissable de Romain Daroles. Le jeune comédien, seul en scène, une table pour seul décor, endosse aussi bien la légèreté facétieuse de ces bagatelles linguistiques que les multiples protagonistes, y compris son personnage original d’enseignant, qui constituent l’histoire.

Un livre, des usages

Pour raconter ladite histoire, il dispose néanmoins d’un ustensile précieux : le livre édité de François Gremaud. La corporéité du texte se déploie ainsi par la bouche et les gestes du jeune comédien qui, selon qu’il positionne l’ouvrage au-dessus de sa tête, dressé en une couronne (Phèdre) ou ouvert en toiture avec « une petite mèche, parce qu’il est jeune » (Hippolyte), sur son épaule galonnée (Thésée) ou devant son menton telle une longue barbe (Théramène), croque chacun des personnages avec talent, quand il ne joint pas une accentuation drolatique à l’image d’Œnone qui entre dans un tonitruant « Peuchère ! », la nourrice et confidente de Phèdre devenant mégère provençale au pragmatisme indéboulonnable.

La mise en abyme textuelle, par la présence de l’ouvrage sur scène, puis dans nos mains, s’amuse intelligemment des liens, de la frontière entre réalité et théâtre, une réflexion de prime abord bien loin de l’originalité – parce que souvent martelée idéologiquement, avec un conformisme éreintant, dans une grande partie de la production théâtrale française –, mais qui trouve ici une saveur inédite, avec un procédé singulier et truculent. Nous n’en dirons rien, afin de préserver l’agréable surprise.

François Gremaud, au cœur de l’absurdité destructrice, du mal inhérent à la condition humaine, célèbre par son texte la vie, teintée d’une joie inattendue dont nous sommes désormais peu coutumiers dans le très sérieux monde des arts.

Pierre MONASTIER



Spectacle : Phèdre !

Création : juin 2018
Durée : 1h30
Public : à partir de 15 ans

Texte : François Gremaud, avec des insertions de Jean Racine
Conception, mise en scène : François Gremaud
Avec Romain Daroles
Lumières :
Stéphane Gattoni
Assistanat à la mise en scène : Mathias Brossard

Crédits photographiques : Christophe Raynaud de Lage



Où voir le spectacle ?

Spectacle vu le 18 juillet 2019 à la Collection Lambert, festival d’Avignon.

– Du 11 au 21 juillet 2019 : collection Lambert, festival d’Avignon
– 20-23 novembre 2019 : MA scène nationale – pays de Montbéliard
– 26-27 novembre 2019 : Avant-Scène à Cognac
– 3-6 décembre 2019 : Carré-Colonnes à Saint-Médard-en-Jalles
– 9-13 décembre 2019 : théâtre le Reflet à Vevey (Suisse)
– 14-17 janvier 2020 : L’Avant-Seine à Colombes
– 21 janvier 2020 : theater Winterthur (Suisse)
– 22-24 janvier 2020 : théâtre du Passage à Neuchâtel (Suisse)
– 28-30 janvier 2020 : théâtre de l’Archipel à Perpignan
– 3-7 février 2020 : théâtre de Poche à Hédé-Bazouges
– 10-13 février 2020 : Scènes Vosges à Épinal
– 17-21 février 2020 : le 140 à Bruxelles (Belgique)
– 2-4 mars 2020 : théâtre de Fontblanche à Vitrolles
– 5-6 mars 2020 : théâtre de l’Olivier à Istres
– 9-13 mars 2020 : théâtre universitaire à Nantes
– 16-18 mars 2020 : le Manège à Maubeuge
– 24 mars 2020 : théâtre de Chelles
– 26-27 mars 2020 : Espace 1789 à Saint-Ouen
– Du 30 mars au 3 avril 2020 : Tandem à Arras-Douai
– 6-9 avril 2020 : la Passerelle à Saint-Brieuc
– 15-17 avril 2020 : L’imagiscène à Terrasson
– Du 4 mai au 6 juin 2020 : théâtre de la Bastille
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Romain Daroles dans Phèdre ! (© Christophe Raynaud de Lage)



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