La 8e édition des Rencontres de la Maison Jacques-Copeau, qui a lieu du 28 au 31 octobre, interrogera les rapports entre théâtre et danse. Elles réunissent chaque année entre 100 et 150 personnes dans le village bourguignon de Pernand-Vergelesses, près de Beaune.

Théâtre et danse : simple connivence esthétique ou interdépendance de deux disciplines artistiques qui ne sauraient s’ignorer l’une et l’autre ? Entretien avec Ivan Grinberg, directeur de cette authentique maison de théâtre, sur les enjeux d’une telle problématique pour les artistes d’aujourd’hui et de demain.

« Un mélange de choses sérieuses et de moments festifs »

L’esprit des rencontres est d’inviter le public – d’étudiants en majorité – autour de conférences, projections et spectacles, en ponctuant ces trois jours de dégustations des vins du village de Pernand-Vergelesses. « C’est un mélange de choses sérieuses et de moments festifs réunissant élèves, chercheurs et artistes, explique Ivan Grinberg, directeur de la Maison Jacques-Copeau. Chaque année, on se pose des questions sur les croisements entre les arts, qui permettent d’éclairer ce qu’est le théâtre et plus largement le spectacle vivant. »

Si l’heure est à la pluridisciplinarité au théâtre, quand l’opéra s’ouvre par ailleurs aux danses hip-hop, que dire du présupposé selon lequel il existe une frontière nette entre théâtre et danse ? « C’est lié à une histoire du théâtre et de la danse en Occident et en France, en particulier depuis le XVIIe siècle, mais ces frontières sont très poreuses et il y a des traditions théâtrales, notamment autour d’Antonin Artaud ou de Grotowski, qui ne peuvent séparer théâtre et danse. »

Chacun sa partie ?

Ce présupposé est manifeste sur le plan du partage de l’enseignement des disciplines artistiques. « La danse est du côté du conservatoire de musique tandis que, de l’autre côté, pour le conservatoire d’arts dramatiques, il y a des enseignements de la danse, mais pas de département à part entière, précise le directeur de la Maison Jacques-Copeau. La tradition française a fait que ce sont deux mondes assez distincts mais dans d’autres pays, au Japon ou en Inde, la danse et le théâtre sont indissociables. »

Le seul fait d’être sur un plateau a quelque chose à voir avec le corps. « Beaucoup de chorégraphes présents pendant les rencontres enseignent dans les écoles de théâtre, poursuit-il. Je pense à Caroline Marcadet, du Conservatoire national de Paris, ou à Loïc Touzé, de la Haute école des arts de la scène à Lausanne. Ils s’intéressent à la façon de transmettre les savoir-faire de la danse à des gens qui ne sont pas forcément danseurs. »

De Pina Bausch à Maguy Marin

Les rencontres reviendront sur le théâtre-danse de Pina Bausch, célèbre chorégraphe qui s’est libérée de la structure classique du ballet, ou encore sur le théâtre du dramaturge russe Meyerhold, dont Béatrice Picon-Vallin, invitée pour l’occasion, est spécialiste. « Pour Meyerhold, le travail de l’acteur est d’abord un travail de mise en mouvement par le geste. » Quel est l’enjeu d’une perspective historique pour les acteurs et les danseurs de notre époque ?

Pour certains interprètes contemporains, corps et parole se comprennent ensemble. « L’artiste Eugenio Barba ne peut pas faire la distinction entre le danseur et l’acteur, remarque Ivan Grinberg. On retrouve ça chez des artistes de la génération plus récente comme Alain Platel ou encore Nicole Mossoux. » Les chorégraphes se nourrissent aussi de cette interdépendance, telle Maguy Marin qui présentera sa création Singspiele au théâtre de Beaune.

Un lieu de rassemblement

La nouveauté cette année est l’inclusion d’ateliers dans la programmation. « Ce sont trois moments avec les chorégraphes qui acceptent d’ouvrir les portes de leur travail, détaille Ivan Grinberg. Notre ambition est de casser le schéma vertical d’un apprentissage, avec d’un côté ceux qui savent et de l’autre ceux qui apprennent, pour trouver des formes peut-être plus innovantes de fabrique de la connaissance. »

La maison Copeau, qui fut très active pendant les confinements successifs, particulièrement sur l’accueil en résidence des compagnies, travaille en lien avec des structures telles que le Conservatoire national de Paris et d’autres écoles dont le Théâtre national de Strasbourg, la Comédie de Saint-Étienne et l’ENSA de Lyon, formant un lieu de rassemblement pour les projets communs des élèves.

Soutenue par la DRAC et la région Bourgogne-Franche-Comté, cette fabrique de théâtre riche de son patrimoine œuvre à la transmission des savoir-faire artistiques, développant aussi bien les projets inter-régionaux que des missions ancrées sur le territoire.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

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En savoir plus : 8es Rencontres de la Maison Jacques-Copeau

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Photographie à la Une : Rencontres de la Maison Jacques-Copeau en 2019
Crédits : Maison Jacques-Copeau