Sorti ravagé de l’échec de sa première symphonie, écrite deux ans plus tôt, Rachmaninov exorcise ses démons avec un nouveau concerto pour piano, son instrument de prédilection, œuvre qui devient la plus célèbre de son répertoire et la plus jouée au monde. Un chef-d’œuvre dont nous fêtons le 120e anniversaire aujourd’hui.

En 1897, Sergueï Rachmaninov sortit ravagé de l’échec de sa première symphonie, écrite deux ans plus tôt et qui, mal interprétée par Alexandre Glazounov qui dirigeait l’orchestre à Saint-Pétersbourg, avait subi un terrible four, amplifié par une critique sévère. Rachmaninov, qui avait vingt-quatre ans au moment de la création de cette symphonie, sombra illico dans une profonde dépression et ne parvint plus à écrire une seule note. Malgré tout, il essaya d’en sortir et consulta un médecin hypnotiseur alors fameux, Niels Dahl, qui l’aida à reprendre confiance en lui et lui souffla l’idée d’une nouvelle œuvre, pour exorciser, en quelque sorte, le démon de l’échec qui dévorait le pauvre compositeur.

Comme Rachmaninov était en même temps l’un des plus grands pianiste de son époque, c’est donc au piano qu’il revint en écrivant un nouveau concerto, le second et avant-dernier de sa production, en 1900. Sur les trois mouvements de ce qui deviendra son œuvre la plus célèbre et la plus jouée au monde, les deux derniers furent écrits d’abord et servirent de « test » fin 1900.

Le concerto fut finalement intégralement créé le 27 octobre 1901 à Moscou, sous la direction semble-t-il efficace du cousin de Rachmaninov, Alexandre Ziloti. Grand succès, immédiatement dédié au docteur Dahl…

En voici le célébrissime premier mouvement, “moderato-maestoso”, avec ses graves accords initiaux au piano, avant que ne se déroule l’ample mélodie aux cordes, qui emporte tout sur son passage, ici dans une interprétation restée historique avec Nikolaï Rubinstein au piano et le très sévère Fritz Reiner à la tête de l’orchestre symphonique de Chicago, il y a tout juste soixante ans.

Cédric MANUEL



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