Du 3 au 25 juillet, les programmateurs d’Avignon ont organisé la diffusion de spectacles, débats et créations sur différents médias. S’il ne s’agit pas de copier-coller l’édition de cette année pour la mettre en ligne, l’initiative Rêve d’Avignon entend partager l’esprit de l’événement d’une autre manière auprès des spectateurs orphelins de leur festival.

La 74e édition du festival d’Avignon n’aura pas lieu. C’est la deuxième fois que l’événement est annulé, après les grèves de 2003. Cette triste réalité est acquise depuis le 13 avril, mais dès le lendemain de cette annonce, après l’état de sidération, Olivier Py, le directeur du festival et Paul Rondin, le directeur délégué, ont cherché une façon de faire vivre malgré tout le rendez-vous théâtral le plus attendu de France. « On ne pouvait pas rester silencieux en juillet, confie Paul Rondin. Nous avons commencé à agencer les choses, à voir qui était en mesure de créer un programme. Nos partenaires France Culture et France Télévision nous ont rejoints rapidement dans cette aventure, la mobilisation a été exemplaire. »

Création, rediffusion

C’est de cette envie et de ce travail qu’est né Rêve d’Avignon. Mais il n’est pas question de recréer de façon virtuelle le festival qui devait avoir lieu. Le principe consiste plutôt à partager sur différents médias des rediffusions de spectacles mais aussi des débats et des créations.

« Nous développions déjà une partie audiovisuelle et numérique à partir des contenus vivant avant le virus, précise Paul Rondin. C’est aussi un moyen de partager plus largement les spectacles auprès de ceux qui ne peuvent pas venir à Avignon comme auprès de ceux qui ont envie de retrouver les expériences qu’ils ont vécues sur place. Après l’annulation du festival, rien ne nous empêchait de créer un rendez-vous avec tous les outils dont nous disposons, de donner des contenus et d’éditorialiser des choses que nous avions déjà faites. »

France Culture proposera des créations, tandis que France Télévision et Arte rediffuseront plutôt des spectacles. RFI, le site du festival comme les différentes pages Facebook des partenaires font aussi partie des plates-formes de diffusion. Au programme, des pièces de théâtre, donc, mais aussi des documentaires, des rencontres et des réflexions sur le festival en lui-même. L’histoire des lieux et des anecdotes seront par exemple diffusées sur France Bleu Vaucluse.

Une centaine d’heures de programme

Les sciences sociales seront aussi représentées, notamment grâce à des contenus reprenant des rencontres avec Delphine Horvilleur et Michel Serre. Un documentaire sera réalisé pour montrer l’absence du festival à Avignon. Enfin, Le jeu des ombres, pièce de Jean Bellorini qui devait être représentée dans la Cour d’honneur du Palais des papes, sera filmée spécialement pour l’occasion dans le Théâtre national populaire de Villeurbanne, qu’il dirige depuis peu, et viendra clore ce Rêve sur France 5. Au total, une centaine d’heures de programme seront diffusées.

Mais Rêve d’Avignon ne pense pas qu’aux « spectateurs orphelins » du festival. Le projet consiste également, sinon à redonner du travail aux artistes, du moins à y contribuer. « Certains se sont arrêtés depuis le confinement. Nous nous sommes donc demandé comment faire pour que quelques séances d’enregistrement, quelques droits d’auteurs leur soient reversés. Nous avons voulu rendre visible tous ceux qui font le festival lors de cette période d’absence forcée. »

Les directeurs réfléchissent enfin à projeter des films dans la Cour d’honneur du Palais des papes pour que les habitants de la ville puissent, eux aussi, voir quelques signes de la présence du festival. Mais pour l’instant, Paul Rondin ne sait pas encore si ce rêve-là sera réalisable.

Chloé GOUDENHOOFT

En savoir plus : programmation de Rêve d’Avignon

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Crédits photographiques : Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon