Instant classique – 23 juin 1931… 89 ans jour pour jour. Pendant des décennies, le poète et écrivain Paul Valéry cherche le moyen de dépasser le genre opératique, jugé trop peu ceci ou pas assez cela. Son ambition est de créer une œuvre d’art total, au-delà de ce que pouvait penser Wagner, et qui marierait plusieurs styles d’expression artistique : le chant, la danse, la poésie.

Paul Valéry essaie de concrétiser cela avec Debussy, mais ça n’aboutit pas. Il faut attendre 1922 pour que sa rencontre avec Arthur Honegger réveille chez le poète cette ambition à l’issue d’une conférence sur la poésie et le langage. Sept ans plus tard seulement, Honegger reçoit le texte de Amphion et c’est la grande danseuse Ida Rubinstein qui le pousse à la traduire sans tarder en musique. On s’accorde cependant à dire que les deux hommes ont assez peu d’atomes crochus. Le langage délicat et aérien de Paul Valéry ne peut s’accorder aisément avec la musique souvent très expressive et rugueuse, voire tumultueuse d’Honegger.

Amphion, c’est un berger, fils de Zeus et d’Antiope, dont Valéry réinterprète le mythe. Ni homme ni dieu, il reçoit la lyre d’Apollon et fait naître la musique, et, de la musique, un temple. Les pierres s’assemblent toute seules grâce aux notes (dans le mythe, Amphion construit Thèbes ainsi). Dans la seconde partie, la musique décrit les Muses qui ornent les colonnes du temple sur Thèbes. Amphion est célébré presque comme un dieu mais une femme voilée, « L’Amour de la Mort », s’empare de la lyre qu’elle jette dans la fontaine, entraînant Amphion avec elle.

C’est à l’Opéra de Paris que l’œuvre est créée voici quatre-vingt-neuf ans. Sans être un échec, elle n’est pas très bien reçue. Honegger en tirera cependant rapidement une petite suite pour orchestre baptisée Prélude, fugue et postlude que voici ici, enregistrée quelques années après sa création en 1948.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »