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Saburo Teshigawara, une lecture intime de « L’Idiot » pleine de poésie

Saburo Teshigawara, une lecture intime de « L’Idiot » pleine de poésie
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Saburo Teshigawara signe une nouvelle pièce chorégraphique qui nous transporte bien au-delà de l’imaginaire et des frontières du texte, L’Idiot de Dostoïevski, dont elle est inspirée. Présentée à Chaillot – théâtre national de la danse, dans le cadre du festival d’Automne, The Idiot réunit sur scène Saburo Teshigawara et Rihoko Sato jusqu’au 5 octobre 2018. De la salle, nous assistons émerveillés, subjugués, à une poésie d’une rare sensibilité et d’une subtile délicatesse transcendant la violence d’un conflit intime.

Dès les premières minutes, nous comprenons que nous allons voyager à l’intérieur de la tête et du corps des danseurs, ceux de Saburo Teshigawara et de Rihoko Sato. Avec la précision de leurs mouvements, leur fluidité, nous comprenons l’envergure de l’univers dans lequel ils nous transportent. Nous ne savons pas quand nous en sortirons. Peut-être jamais.

The Idiot - Saburo Teshigawara & Rihoko Sato (© Aya Sakaguchi)Dans une obscurité fendue par un mince filet de lumière, nous devinons les deux danseurs, nous prenons place. Un œil ou peut-être l’intérieur d’un cerveau nous observe. Nous sommes au cœur d’une boîte noire, dans laquelle seule la lumière oriente notre regard. Tout est image et précision. Notre imaginaire est instantanément embarqué. Une douche de lumière nous découvre un homme, timide, hésitant, peut-être perdu. Son regard intrigué balaye celles et ceux qui l’observent. Une femme apparaît alors ; dansant, il tente de la rejoindre, de l’accompagner, de danser avec elle. La lumière souvent tremblante accompagne la fébrilité que nous pouvons ressentir.

Tout bascule quand elle retourne dans l’obscurité ; la musique classique laisse place à une musique plus électronique et déstructurée. L’homme est alors pris dans une folie. Ce n’est plus une danse, c’est un langage dont nous parvient les démons intérieurs qui traversent cet homme. Tantôt saccadé, tantôt fluide, chaque geste traduit un état, une sensation, qui nous saisit et nous pénètre. Nous suivons dès lors son parcours, ses tourments, ses spasmes, son rapprochement avec cette femme, sa joie de danser avec elle et les déchirements provoqués par un éloignement certain qui ne cesse de se reproduire.

Le temps et l’espace sont entre les mains de Saburo Teshigawara et Rihoko Sato. Le temps est suspendu, arrêté, accéléré ou ralenti dans une courbe infinie de possibles ; il est si précieux de voir sous nos yeux un concept purement humain prendre une tout autre dimension en se rapprochant d’une sensibilité plus profonde, plus intime et personnelle. Ils dansent dans une atmosphère, une matière dont eux seuls semblent détenir le secret, ils la traversent, la fendent, la font vibrer et parfois l’écoutent attentivement et simplement. Nous prenons part à cette magie, nous l’apprécions et nous l’admirons.

Saburo Teshigawara nous offre là, bien plus qu’une adaptation ou une réinterprétation de L’Idiot de Dostoïevski, une œuvre majeure où il nous dévoile une certaine sensibilité par ce langage délicat des corps. De ce célèbre roman, il nous livre ainsi sa propre lecture, pleine de sensation intime. La poésie émanant de cette nouvelle pièce se diffuse lentement, calmement pendant le spectacle, et continue à s’infuser et s’immiscer en nous longtemps après.

Vincent PAVAGEAU

 



Spectacle : L’Idiot
  • Création : 8 juin 2016 à Karas Apparatus (Tokyo)
  • Durée : 1h
  • Public : à partir de 10 ans
  • Direction, lumières, costumes & collage musical : Saburo Teshigawara
  • Collaboratrice artistique : Rihoko Sato
  • Avec Saburo Teshigawara & Rihoko Sato
  • Compagnie : Karas

Crédits photographiques de la Une : Abe Akihito
Autres photographies : Aya Sakaguchi

En téléchargement
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OÙ VOIR LE SPECTACLE ?
  • 27 septembre 2018 > 5 octobre 2018 : Chaillot – théâtre national de la danse (Paris)
  • 16 octobre : Teatro Comunale di Ferrara (Italie)

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The Idiot - Saburo Teshigawara & Rihoko Sato (© Aya Sakaguchi)



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