Dans les derniers jours de la guerre, alors que l’ordre nazi se fissure inexorablement en Allemagne, le caporal Herold déserte. Pour sauver sa peau, il usurpe l’identité d’un hauptmann (un capitaine) de la Wehrmacht. Pour justifier son uniforme, il s’invente une mystérieuse « mission spéciale » que lui aurait confiée personnellement le Führer.

Il y aurait eu mille et une façons de raconter les aventures d’un déserteur au crépuscule du Troisième Reich.

Une dureté d’airain à la soviétique

Robert Schwentke, The Captain - L'Usurpateur (affiche)Une possibilité aurait été l’humour loufoque façon Roberto Begnini (La Vie est belle), voire Monthy Python. Une autre, vers laquelle louche par moments The Captain – L’Usurpateur, aurait été le cinéma de guerre pop – si tant est qu’on puisse le décrire ainsi – de Quentin Tarantino, comme dans Inglourious Basterds.

Mais c’est décidément la veine la plus âpre que choisit Robert Schwentke, un cinéaste allemand qui est allé perdre son âme – et remplir son compte en banque – à la réalisation de quelques superproductions hollywoodiennes (Flight Plan, RED, les suites de Divergente…), avant de revenir en Allemagne la regagner.

The Captain – L’Usurpateur rappelle ces films soviétiques ou russes d’une dureté d’airain sur la Seconde Guerre mondiale et ses atrocités : Requiem pour un massacre de Elem Klimov (1985), Dans la brume de Sergei Loznitsa (2012) voire L’Enfance d’Ivan de Andreï Tarkovski (1962).

Logique de déshumanisation

Mais c’est surtout à un livre que ce film perturbant m’a fait penser : Les Bienveillantes, prix Goncourt 2006, de Jonathan Littell. Car, en mettant en scène un salaud ordinaire, un homme que l’horreur de la guerre et la seule obligation de sauver sa peau ont privé de tout discernement moral, The Captain – L’Usurpateur décrypte avec une délectation sadique la même mécanique qui transforme un homme en monstre.

Ne quittez pas la salle avant de voir le générique de fin jusqu’à sa dernière image. Glaçante mise en abyme qui nous fait toucher du doigt l’actualité traumatisante d’une logique de déshumanisation qu’on aurait tort de cantonner aux livres d’histoire.

Tony PARODI

 



Robert Schwentke, The Captain – L’Usurpateur, Allemagne – France – Pologne, 2017, 118mn (noir et blanc)

  • Sortie : 21 mars 2018
  • Genre : drame
  • Titre original : Der Hauptmann
  • Classification : – 12 ans avec avertissement
  • Avec Max Hubacher, Milan Peschel, Frederick Lau, Bernd Hölscher, Waldemar Kobus, Alexander Fehling, Samuel Finzi, Wolfram Koch, Eugénie Anselin, Hendrik Arnst, Haymon Maria Buttinger, Blerim Destani.
  • Distribution : Alfama Films Production

En savoir plus sur le film avec CCSF : The Captain – L’Usurpateur

Robert Schwentke, The Captain - L'Usurpateur



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