OUI, la crise économique et financière a particulièrement atteint la culture ! NON, tout ne va pas mal ! Sans chercher à nier les difficultés que rencontrent nombre de professionnels du spectacle et de lieux culturels dans l’Hexagone, dont notre précédente enquête s’était fait l’écho, Profession Spectacle souhaite aujourd’hui rendre hommage à la créativité : rénovations, réouvertures, constructions, réaménagements… Nous avons enquêté sur les nouveaux lieux culturels de France.

Saint-Céré (Lot) : le Théâtre de l’Usine a fait peau neuve

« La crise financière, nous ne savons même plus quand elle a commencé », fait malicieusement remarquer Véronique Do, directrice déléguée du Théâtre de l’Usine de Saint-Céré, qui a rouvert en janvier 2016, après que la salle existante a été entièrement rénovée et qu’une nouvelle salle lui a été adjointe. Le coût ? 3 millions d’euros, financés pour la moitié par le département du Lot. « Ce projet a mis dix ans à émerger, reconnaît-elle, et cela n’a pas été simple. Nous le devons au maire de Saint-Céré, à Olivier Desbordes, [créateur et directeur artistique du festival de Saint-Céré, directeur d’Opéra Éclaté et conseiller départemental du canton de Saint-Céré, N.D.L.R] et au département du Lot. Le département et la commune sont préoccupés par la culture. Ils veulent faire vivre une région un peu déshéritée, qui se trouve loin des grandes villes, à la géographie accidentée et aux transports compliqués. »

Théâtre de l'Usine (© Nelly Blaya)

Théâtre de l’Usine (© Nelly Blaya)

Quelle place pour la culture dans un contexte si spécifique ? « Il y avait une attente de la part de la population, répond Véronique Do. En tout cas, nous avons su la susciter puisque le succès est au rendez-vous. Lors de la première saison, nous sommes passés de 7-8 spectacles à 25, avec un taux de remplissage moyen de plus de 90 %, la fréquentation ayant augmenté de 133 %. Nous sommes largement au-dessus des objectifs financiers qui avaient été fixés. C’est ce qui permet de rassurer les investisseurs. Il faut sans cesse chercher de nouveaux budgets. Nous fonctionnons à budget constant, ce qui était impensable il y a 10 ans dans le monde du spectacle. Mais nous avons vraiment le sentiment de remplir une mission de service public. »

Avec Figeac et son fameux théâtre à 45mn de Saint-Céré, l’Ouest du Lot dispose dorénavant de deux lieux importants pour le spectacle vivant. Les relations entre les institutions sont bonnes, sans concurrence. « Au contraire, rassure Véronique Do, nous travaillons ensemble pour le festival qui se tient à Figeac en été. Nous avons une grande collaboration toute l’année. Nous sommes complémentaires. » Et de conclure : « Nous nous sommes rendu compte que le public était curieux et ne demandait qu’à sortir, en dépit de tout ce qu’il se passe de terrible actuellement. Il faut seulement savoir susciter les attentes. »

Beauvais aura un nouveau théâtre

Il fallait que l’ancien théâtre du Beauvaisis soit détruit pour que le nouveau, dont le coût vient d’augmenter d’un million d’euros, le portant à 13,5 millions d’euros hors taxes, puisse voir le jour. « Dépassé », le bâtiment actuel dont « la structure même […] ne peut être améliorée », comme l’explique Caroline Cayeux, présidente de la communauté d’agglomération du Beauvaisis et maire de Beauvais, ne permet plus « d’accueillir les ballets, les orchestres et les spectacles tels qu’on les conçoit aujourd’hui ». Ce bâtiment avait d’ailleurs été défini comme provisoire dès son origine. Et Caroline Cayeux de rappeler qu’ayant obtenu le label Ville d’art et d’histoire, la ville de Beauvais devrait devenir Scène Nationale de l’Oise. Reste que pour cela, Beauvais est toujours en concurrence avec Compiègne et Creil.

Condette (Pas-de-Calais) : au Château d’Hardelot, un théâtre élisabéthain est né

Ce n’est pas sous les meilleurs auspices qu’a ouvert le nouveau théâtre élisabéthain situé sur le domaine du Château d’Hardelot. Symbole du théâtre shakespearien, il est placé sous la férule du centre culturel de l’Entente Cordiale. Pour la petite histoire, celui que sa directrice, Valérie Painthiaux, qualifie de « prouesse technique et écologique », est l’œuvre d’un architecte anglais et fut inauguré au lendemain du Brexit. Une semaine avant, il avait été tagué par des gens opposés à ce projet. « À chaque nouveau projet, il se trouve des gens pour et des gens contre, explique Valérie Painthiaux. De manière plus ou moins démocratique. Pour certains, le théâtre est une verrue. Ils reprochent aux élus leur irresponsabilité, notamment à cause de la dette. Cela dénote une méconnaissance de l’économie du spectacle. Ce théâtre n’a pas coûté cher (6 millions d’euros). Il qualifie le château et apporte quelque chose de plus au patrimoine. Les retours sur investissements sont difficiles à évaluer mais l’action culturelle est un moteur économique, cela a été largement démontré. Le nouveau président du Conseil départemental du Pas-de-Calais, Michel Dagbert, assume totalement la mise en application d’un projet qui avait été voté sous le mandat socialiste précédent et qu’il avait lui-même voté. »

Théâtre élisabéthain au Château d’Hardelot (© Martin Aryroglo)

Théâtre élisabéthain au Château d’Hardelot – Condette (© Martin Aryroglo)

Depuis 2002, le Château d’Hardelot, qui appartient à la ville de Condette, est géré dans le cadre d’un bail emphytéotique par le département. Celui-ci a décidé d’un grand projet de rénovation et de réhabilitation du château du XIe siècle qui était attaqué par les champignons et la mérule ; c’est dans ce cadre que s’inscrit l’édification du nouveau théâtre élisabéthain. « À l’origine, le Midsummer Festival se déroulait dans la Tour Vagabonde, un théâtre en bois itinérant venant de Suisse pour deux à trois semaines par an. Après deux années, cela n’a plus été possible. Est alors venue l’idée de bâtir un théâtre éphémère mi-chapiteau mi-bois. De 2012 à 2014, le festival a connu une période de croissance. Nous avons désiré construire un théâtre pérenne pour une programmation plus longue, et c’est un architecte anglais qui a remporté le concours lancé en 2012. Il s’agit d’un théâtre à 90 % en bois et au sous-sol en béton, qui respecte les codes du théâtre élisabéthain. C’est le seul théâtre français en mode fosse d’orchestre. Techniquement, sa construction aurait été impossible il y a 5 ans. »

Pour savoir si le théâtre trouvera son public, Valérie Painthiaux nous donne rendez-vous dans trois ans, assurant qu’un gros travail de communication est fait et que, si les tarifs ont un peu augmenté, les tarifs réduits, eux, n’ont pas bougé. « Il existe déjà un public de CSP+ qui vit sur le littoral de la Côte d’Opale. Ce public vient volontiers et de lui-même en fonction de la programmation. Pour le reste, il faut constamment faire de la pédagogie et se battre, rien n’est gagné par avance. Dans un théâtre de type élisabéthain, la diffusion et la production des spectacles coûtent plus cher. Il faut aussi trouver des moyens de faire venir les touristes anglais qui attendent quelque chose de plus français… »

Bobigny : une nouvelle Maison de la Culture

La « MC 93 », dirigée par Hortense Archambault, ancienne codirectrice du festival d’Avignon de 2003 à 2013, devrait ouvrir ses portes en mai 2017, après deux ans de travaux. En attendant, sa programmation se fait hors-les-murs dans une friche industrielle de la Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Nouveau studio, nouvelle salle, l’ancienne étant transformée en salle de répétition, le hall va être agrandi pour s’ouvrir sur la ville ; un restaurant et une librairie y prendront également place.

MC 93 (© Brossy et associés)

MC 93 (© Brossy et associés)

Tours : le Théâtre Olympia obtient le label Centre Dramatique National

Cela devait se faire au début de la saison 2016-2017, comme l’a annoncé le directeur du théâtre Jacques Vincey, au journal Info Tours. N’ayant pu en parler directement avec Jacques Vincey que son travail semble accaparer, nous ne pouvons que transmettre ce que le député d’Indre-et-Loire Jean-Patrick Gille affirmait il y a près d’un an : le ministère de la culture a accordé la reconnaissance nationale au Théâtre Olympia de Tours dans un délai de deux ans, annonce qui devait s’accompagner d’une augmentation de dotation de l’État dès 2016.

À suivre…

Matthieu de GUILLEBON

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