Le célèbre Quatuor Debussy, qui célèbre son trentième anniversaire, publie une tribune dans laquelle il partage ses interrogations et ses espoirs : « Nous sommes au ralenti », scandent-ils, tout revendiquant de vouloir « faire vivre la musique, encore et toujours, car c’est nécessaire, indispensable ».

TRIBUNE

Novembre.

Nous avons gravi les pentes de la Croix-Rousse, puis les escaliers vers notre atelier. Après avoir franchi la porte entrouverte, nous nous sommes retrouvés, tous les quatre, et avons sorti nos instruments. Les cordes se délient, les doigts se relâchent, les notes s’envolent. Pourtant, nous ne nous sommes pas déplacés. Pas aujourd’hui. Pas depuis longtemps.

Nous sommes au ralenti. Comme tout le monde.

En trente ans d’activité, jamais nous n’avions été contraints aussi longtemps à l’immobilité. Comme tout le monde. Cette trentième saison du Quatuor Debussy, aucun d’entre nous ne l’aurait imaginée ainsi. Nous nous interrogeons. Beaucoup. Comme tout le monde. Des questions, des inquiétudes. Après tout, qu’est-ce que la musique, si ce n’est une tentative illusoire d’offusquer le silence, de lutter contre l’emprise du temps ?

Dans la tourmente, une certitude : la musique est créatrice de liens. Des liens éphémères, inconscients, inépuisables. Des liens qu’il nous incombe de renforcer pour ne pas se laisser happer par la solitude, par l’oubli.

Nous sommes au ralenti, mais nous ne pouvons nous arrêter.

C’est inscrit dans notre ADN. Depuis nos locaux à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation, nous partageons notre musique et souhaitons voir son onde se propager jusqu’aux confins de l’océan du monde, effaçant les frontières arbitraires et les carcans structurels. De la musique pour tous. Un idéal ambitieux. Peut-être. Mais il nous anime depuis toujours. Une musique qui se répand en cercles concentriques, dont la Croix-Rousse est le cœur, qui petit à petit s’étendent et se diffractent. Le quartier, la ville, la métropole, puis plus loin encore, à l’autre bout du monde. Les flots du quatuor là où on ne les attend pas.

Les marées nous ont transportés vers des rencontres. Des rencontres aux mille facettes, des univers inconnus, qu’il nous tarde, encore aujourd’hui, de découvrir et de partager. Des rencontres qui nous ont façonnés et nous façonnent encore, au gré des ondulations d’une musique insaisissable. Alors nous naviguons. Vers le jazz, accompagnés de Vincent Peirani, Jacky Terrasson ou Franck Tortiller. Vers la chanson, dans le sillage de Yael Naim ou Keren Ann. Vers l’Amérique du Sud ou l’Orient, guidés par les frères Chemirani Et puis la musique n’est jamais seule. Alors nous voyageons. Vers la danse et le hip hop, sous la garde de Mourad Merzouki ou le ballet de l’Opéra. Vers le cirque, sous toutes ses formes, avec les compagnies C !RCA et Petit Travers. Vers le théâtre, sous l’égide de Guy Cassiers ou Richard Brunel. La liste est trop longue. Des rencontres vers l’ailleurs. Pour diffuser la musique le plus loin possible. Pour lutter contre le cloisonnement des êtres et des Arts. Pour ne pas enfermer la musique dans son reflet. Pour s’ouvrir tous les jours un peu plus.

Certes, nous sommes au ralenti. Mais nous essayons de faire vivre la musique. Encore et toujours.
Car c’est nécessaire. Car c’est indispensable.

Le Quatuor Debussy

Le Quatuor Debussy donnera deux concerts au Radiant-Bellevue, à Caluire-et-Cuire (69), les samedi 9 janvier à 19h et dimanche 10 janvier à 16h.

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Illustration : Quatuor Debussy 2020-2021
Crédits : Olivier Ramonteu