Instant classique – 9 décembre 1821… ans jour pour jour. Après plusieurs mois fiévreux, Berlioz compose Lélio ou le retour à la vie, une symphonie de bric et de broc en six parties, dont une curieuse Fantaisie sur La Tempête de Shakespeare.

On s’en souvient, Hector Berlioz avait remporté un franc succès lors de l’audition de sa Symphonie fantastique, le 5 décembre 1830, à la Société des concerts du Conservatoire. Après cela, Berlioz passe plusieurs mois fiévreux en Italie, où il a du mal à réfréner son exaltation. Lorsqu’il en revient, il a noté plusieurs idées – notamment lors d’un passage dans les Abruzzes – et conçoit alors une suite aux fameux « épisodes de la vie d’un artiste », dans lesquels ce dernier navigue dans les vapeurs d’opium, cœur malheureux, déçu et pourtant passionné qui songe au suicide pour renaître.

Voici donc Lélio ou le retour à la vie, écrit par Berlioz durant son année italienne et élaboré comme un grand monologue, avec un récitant (Lélio), évidemment double du compositeur et dont le texte va être illustré par des interventions de l’orchestre, de solistes et du chœur. Le nom de Lélio a été donné par Berlioz un peu plus tard, sans doute sur l’inspiration de celui de George Sand, paru l’année suivante. Cette symphonie de bric et de broc est en six parties, citant régulièrement « l’idée fixe » de la Fantastique, en particulier à l’extrême fin.

Voici donc une Ballade du pêcheur tirée de Goethe pour baryton et piano, un chœur d’ombres qu’il a chipé à sa propre cantate La Mort de Cléopâtre, une « Chanson de brigands » par le chœur, prélude à ce qu’on entendra dans Harold en Italie, un chant de bonheur et la Harpe éolienne, avant une étonnante Fantaisie sur La Tempête de Shakespeare, qui clôt ce curieux assemblage.

Ce 9 décembre 1832, toujours à la Société des concerts du Conservatoire, l’événement est d’importance. On donne l’ensemble à la suite : la Fantastique d’abord, puis ce retour à la vie. Il y a du beau monde dans la salle, dont l’ami Liszt, soutien indéfectible, et avec lui Paganini, Victor Hugo et Alexandre Dumas ; et aussi l’ennemi Fétis, le critique et musicologue, à qui s’adressera une grande tirade du Monologue (« Ces tristes habitants du temple de la routine, ces jeunes théoriciens de 80 ans, ces vieux libertins de tout âge… »). La future Mme Berlioz, Harriett Smithson, dont Berlioz était épris jusqu’à en mourir, qu’on dit inspiratrice bien involontaire des fièvres de l’artiste de la Fantastique et avec qui il aura un mariage horriblement malheureux, est là aussi.

À la fin du concert, nouveau succès, au grand dam de Fétis, qui n’épargnera pas Berlioz mais qui ne couvrira pas les éloges, dont celui de Jules Janin, qui écrit : « Ce jeune homme est une puissance. »

Voici cette curieuse Fantaisie sur La Tempête, dernier épisode de cette vie d’artiste qui lance définitivement Berlioz dans le milieu musical français, avec lequel il ne cessera plus de se battre, d’échecs fréquents en rares succès.

Cédric MANUEL

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Crédits photographiques : Pierre Petit
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Rubrique : « Le saviez-vous ? »