Rose (Galatéa Bellugi) a seize ans. Enfant de la DDASS, elle obtient l’autorisation d’aller vivre à Paris avec Michel (Lukas Ionesco), son aîné de six ans. On est en 1979, en pleine période disco.

Le peintre maudit et la jeune fille s’installent chez des amis bohèmes. Chaque soir, ils vont au Palace et s’y acoquinent à une foule bigarrée de fêtards et de junkies. Un couple de vieux libertins, Lucille (Isabelle Huppert) et Hubert (Melvil Poupaud), les remarque et les prend sous sa coupe.

Dans My Little Princess, son premier film, Eva Ionesco racontait  son enfance auprès d’une mère toxique qui l’avait prise comme modèle pour ses photos déshabillées. Elle retrouve Isabelle Huppert pour le deuxième pan – un troisième est annoncé – de son autobiographie, co-écrit avec son mari Simon Liberati dont le dernier livre, Eva, racontait la vie tumultueuse de son épouse… La jeune Eva/Rose n’est plus une enfant, mais pas encore une adulte. L’excellente Galatéa Bellugi, déjà remarquée dans Keeper et dans L’Apparition, l’incarne avec les longues boucles blondes qui étaient à l’époque à la mode et l’accent gouailleur qui trahissait ses origines.

C’est hélas la seule actrice à sortir du lot. Car les interprètes de son fiancé, Michel, et de son ami Adrien (Alain-Fabien Delon, qui ressemble décidément trop à son père pour parvenir jamais à se faire un prénom) semblent plus avoir été choisis sur l’identité de leurs parents que sur leur propre talent. Quant à Isabelle Huppert, elle joue comme d’habitude le même rôle de grande bourgeoise glaciale et amorale, se dénudant juste ce qu’il faut (jolie publicité pour un soutien-gorge ouvert) pour laisser imaginer, à soixante-cinq ans passés, un corps de jeune fille et des seins parfaits à force de discipline.

Une jeunesse dorée voudrait nous raconter une « parenthèse enchantée » – comme l’avait fait avec autrement de talent Michel Spinosa – entre loi Veil et Sida. Il n’y parvient pas. Faute de moyens, la reconstitution des folles nuits du Palace sonne faux. Quand Rose et Michel s’installent dans le château de Lucille et Hubert, le triste libertinage de ce quatuor sordide ne dégage aucune tension, ni aucune sensualité. L’intérêt qu’avaient suscité, pendant la première moitié du film, l’histoire et les courbes ravissantes de la jeune Rose a tôt fait de disparaître durant la seconde.

Tony PARODI

 



Eva Ionesco, Une jeunesse dorée, France, 2018, 111mn

Sortie : 16 janvier 2019

Genre : drame

Classification : tous publics avec avertissement

Avec Galatéa Bellugi, Lukas Ionesco, Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Alain-Fabien Delon, Hugo Dillon

Scénario : Simon Liberati, Eva Ionesco

Photographie : Agnès Godard

Distribution : KMBO

En savoir plus sur le film avec CCSF : Une jeunesse dorée

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