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“Vif-Argent” : entrée dans le réalisme fantasmatique

“Vif-Argent” : entrée dans le réalisme fantasmatique
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Très imprégné de l’imaginaire de Cocteau et Franju, Vif-Argent n’en devient pas pour autant un pastiche : entre histoire d’amour surnaturelle et réalisme magique, le film de Stéphane Batut déploie sa singularité et son lyrisme propre, dérivant principalement du fantasme.
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Alors qu’il vient de décéder, Juste (Thimotée Robart) obtient un dernier sursis, le permis de vivre à condition qu’il reste sur terre pour recueillir les derniers souvenirs des mourants. Il vagabonde ainsi dans les rues de Paris, à la recherche de ces témoignages, pensant être invisible pour le commun des mortels. Un jour une jeune femme le reconnaît (Judith Chemla), le suit, et se présente à lui comme Agathe, une vieille connaissance. Tous deux sont touchés par cette rencontre et vivent un amour troublant, entre fantasme et réalité.

Avec ce premier long-métrage de fiction, Stéphane Batut rejoint le genre très en vue du « réalisme magique », que l’on a pu apprécier dans Zombie Child de Bertrand Bonello, et bientôt dans Atlantique de Mati Diop, lorsqu’une certaine difficulté à vivre le contemporain vient s’envelopper d’une couverture chimérique (ici littéralement le vêtement scintillant que porte Thimotée Robart durant presque tout le film).

Comme ses personnages, le film réinvente le temps, et les quelques jours que dure cette idylle filmée s’inscrivent dans une temporalité suspendue du reste du monde, contournant ainsi la mort à laquelle Juste est condamné. Mais il n’est pas maître de son corps et ne peut choisir d’être visible ou non aux yeux d’Agathe. C’est pour cela que, lorsqu’il devient soudain fantôme et effleure les cheveux de son amante, celle-ci, désespérée par son absence, ne croit sentir qu’un courant d’air sur sa nuque. Par son jeu de mise en scène, le réalisateur rompt la frontière avec l’au-delà, rendant le fantasme matériel.

Le film ne s’arrête pas à une amourette surnaturelle. Batut fait en effet bon usage de sa formation première celle de directeur de casting en faisant découvrir un nouvel acteur, l’étonnant Thimotée Robart, et en prenant plaisir à multiplier les seconds rôles, dressant des petits portraits de-ci de-là : Alpha (Djolof Mbengue), immigré africain et vendeur de chaussures, Nonna (Cecilia Mangini), la grand-mère italienne délirante… Tous deux sont aussi morts-vivants et guident Juste avec humour dans son rôle de saint Pierre.

Très imprégné de l’imaginaire de Cocteau et Franju, Vif-Argent n’en devient pas pour autant un pastiche mais déploie sa singularité et son lyrisme propre, dérivant principalement du fantasme. Les plus belles histoires d’amour sont bien celles qui émanent de notre propre désir, celles que l’on imagine avant de les laisser repartir, comme cet éclat que le titre promet.

Suzanne DUREAU

 



Stéphane Batut, Vif-Argent, France, 2019, 106mn

Sortie : 28 août 2019

Genre : drame

Classification : tous publics

Avec Thimotée Robart, Judith Chemla, Djolof Mbengue, Saadia Bentaïeb, Cecilia Mangini, Jacques Nolot, Antoine Chappey, Frédéric Bonpart

Scénario : Stéphane Batut, Christine Dory, Frédéric Videau

Distribution : Les Films du Losange

En savoir plus sur le film avec CCSF : Vif-Argent

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Thimotée Robart dans Vif-Argent de Stéphane Batut



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