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Avé Césars : ceux qui vont s’abrutir vous saluent !

Avé Césars : ceux qui vont s’abrutir vous saluent !
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Auteur dramatique, metteur en scène, comédien, Pascal Adam a commencé sa carrière théâtrale avec Christian Schiaretti au CDN de Reims. En marge de ses activités trépidantes, il enseigne l’art dramatique, depuis 2012, dans un conservatoire à rayonnement régional. Avec un goût prononcé pour le paradoxe, la provocation et un zeste de mauvaise foi, il prend sa plume pour vous donner un ultime conseil : « Restez chez vous » ! Tel est le titre de sa chronique, tendre et féroce, libre et caustique.

« Restez chez vous »

 J’avais décidé de faire de cette chronique une critique du dernier film de Clint Eatswood, Le 15h17 pour Paris. Hélas, le temps de trouver quelques heures devant moi et, dans ma ville de province, le film avait disparu des affiches.

La bande-annonce m’avait beaucoup plu (j’aime beaucoup les bandes-annonces, qui sont très souvent plus intéressantes que les films). Elle annonçait un film vraiment américain, et je n’entends point par là le côté Internationale gloubiboulguesque des ordinaires productions hollywoodisneyiques, quelles que soient les qualités qu’elles puissent avoir par ailleurs.

En somme, il allait être question d’un train pour Paris, un Thalys, et de trois jeunes Américains dedans ; d’un terroriste islamiste s’apprêtant à faire un carton dans ce train ; et, si j’en crois la bande-annonce, de la solide éducation morale reçue dans leur enfance par ces touristes américains, qui allait leur permettre de neutraliser ce terroriste.

Le film allait être en somme, aussi, un hommage au rêve américain, un thème récurrent de l’œuvre de Clint Eastwood, lequel pousse la logique jusqu’à faire interpréter à ces trois hommes leurs propres rôles.

Mais, si j’ai bien compris, le film s’est fait démolir par les critiques, lorsqu’elles ont trouvé judicieux d’en parler (peut-être le film est-il très mauvais, je ne sais pas). En tout cas, le sujet était un peu osé – un producteur français ne s’y serait pas risqué, d’ailleurs La Ch’tite Famille cartonne.

Au surplus, les personnages n’accèdent point au statut supérieur et très enviable de victime qui seul permet désormais, ici, en France, de les « héroïser » ; puisque, pour le reste, nous ne sommes pas très assurés du sort que nous devons réserver aux gens qui veulent nous tuer (s’excuser de les avoir énervés ? leur offrir de l’argent ? les buter ? La ligne officielle n’est pas claire, et se résumerait à un sagace : « ben, c’est compliqué, en fait, ça dépend, tu vois ? »).

Et le film n’est pas resté suffisamment longtemps à l’affiche pour qu’il me soit loisible de le voir. Je n’en parlerai donc pas.

*     *     *

Finalement, m’étant récemment aperçu que mon abonnement à internet me permettait de regarder la télévision, alors même que je vis sans appareil dédié à cette ignominie ordinaire, j’ai décidé vendredi dernier, passablement abruti par une mémorable cuite prise la veille, d’écrire cette chronique sur la cérémonie des Césars et conséquemment, de regarder sa diffusion en direct.

N’allez pas croire que le cinéma français me passionne, ni même son milieu. Mais enfin, une telle émission, que je n’ai jamais regardée auparavant, me semblait garantir une possibilité à peu de frais de dire du mal de mes contemporains.

En attendant qu’il soit l’heure, je me plongeais dans un livre magnifique, écrit au XXe siècle, et dont je ne dirai rien ici, ayant décidé de ne parler dans cette chronique-ci que de ratages et calembredaines. Quand j’en sortis, il était un peu plus de vingt-et-une heures. J’avais donc raté le début de la cérémonie ; au reste, je ne savais pas sur quelle chaîne la regarder. Un programme télé en ligne m’informa que c’était sur Canal+, et en clair (heureusement) ; ce programme m’informa également que M6 diffusait en même temps deux épisodes de MacGyver.

C’est à ce moment-là que j’ai merdé.

Car figurez-vous que ce n’étaient point d’anciens épisodes datant de mon adolescence, mais une série toute récente avec, dans le rôle principal, un jeune acteur américain blond en comparaison duquel une tranche de cheddar ferait figure de leader charismatique.

Ces deux heures furent proprement merveilleuses.

Je sens qu’il faut que je m’explique.

J’avais déjà remarqué, en faisant regarder à mes enfants certains dessins animés que j’avais aimés jadis, à quel point ces derniers étaient en réalité, et contrairement à mon souvenir attendri, exactement crétins ; à quel point, donc, gamin, j’avais été manipulé ; et à quel point je gardais un excellent souvenir de mon programmatique abrutissement.

Cette nouvelle série MacGyver, diffusée, comme on dit, en prime time – ce qu’une chaîne généraliste (il n’y avait alors que ça) n’aurait pas osé jadis –, m’offrait donc la possibilité de voir l’équivalent actuel, c’est-à-dire incomparablement plus tarte encore, de ce qui avait constitué les ordinaires délices passives de mon adolescence imbécile.

Ce fut fascinant.

Un authentique chef d’œuvre de cohérence et d’harmonie. À un détail près.

Une façon de filmer nullissime, une intrigue d’une bêtise à sidérer un sociologue, une musique idiote, des personnages idiots mal joués par de mauvais acteurs.

Rien de bien neuf, donc, dans ce génial divertissement en forme de programme scolaire et formidablement pensé pour laisser assis les adolescents et autres adultes dont notre monde a besoin.

Le héros est toujours la même andouille qui dit détester les armes, préférant se présenter désarmé devant un ennemi surarmé, et ce pour le plaisir de bidouiller à l’improvisade des machins improbables avec de très utiles déchets de la société de consommation récupérés sur place (bref, pour le plaisir de fabriquer des armes par destination). Il est flanqué désormais d’un gars balèze, surentraîné, au QI de moule, qui est à la tête d’une espèce de RAID à deux centimes. Et ces gens travaillent tous pour une espèce d’agence de renseignement américaine improbable, en comparaison de laquelle Le Club des Cinq, même réécrit en post-français, prend des allures de think tank machiavélien.

Par-dessus tout, le méchant, car le personnage, jamais tout à fait vaincu, est récurrent, est complètement idiot. Un type présenté comme un génie de la dissimulation, mais qui ne dissimule jamais rien, et est au contraire affecté d’un rictus sardonique permanent. Du grand art.

*     *     *

Bref, une telle cohérence m’a totalement détourné de notre formidable cérémonie des Césars.

Parce qu’au fond, j’ai trouvé ça réaliste. Allégoriquement, certes, ou métaphoriquement, ou ce que vous voulez. Mais réaliste. Un État super-puissant, disposant d’une agence de renseignement équipée d’ordinateurs dernier cri et des moyens d’accéder aux données de tout un chacun, avec en son sein un agent universellement reconnu comme un génie du bien et flanqué d’une palanquée de soldats d’élite, l’ensemble adhérant à une position hautement morale que l’on qualifiera prudemment de bien-pensante, n’arrive pas à se débarrasser d’un abruti parfaitement identifié et qui n’a pas d’autre but que de tuer des gens par plaisir.

Il déconne, Clint Eastwood, avec ses trois braves gars qui neutralisent un terroriste. C’est un épiphénomène monté en épingle.

En plus, il n’est pas fair play, il n’a pas proposé au terroriste neutralisé de jouer son propre rôle.

Ça aurait pourtant pu aider à sa réinsertion.

Pascal ADAM

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