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Bilan 2/5. Filippetti, Pellerin, Azoulay : le carnet de notes des ministres de la culture sous Hollande

Bilan 2/5. Filippetti, Pellerin, Azoulay : le carnet de notes des ministres de la culture sous Hollande
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Question culture, ce ne sont pas « les hommes » mais « les femmes » du président qui étaient aux manettes. Après avoir dressé un premier bilan budgétaire du quinquennat, Profession Spectacle continue de faire son inventaire culturel, avec cette fois-ci un bulletin de notes des trois ministres qui se sont succédées rue de Valois.

Bilan du quinquennat de François Hollande (2/5)

Aurélie Filippetti : des « couleuvres avalées » et pas grand-chose d’autre

Les + : On ne va se mentir, on a beaucoup cherché. Pour ne finalement retenir que la seule loi qu’elle est parvenue à faire voter : celle qui retire au gouvernement le pouvoir de nommer les patrons de France Télévisions et Radio France, pour le rendre au Conseil supérieur de l’audiovisuel. Une promesse de François Hollande qui vise à renforcer l’indépendance du groupe vis-à-vis du politique.

Les – : Elle fut incapable de convaincre l’exécutif de préserver le budget de la culture lors de la cure de rigueur du début du quinquennat. Elle quitte le gouvernement en août 2014 pour ne plus « avaler d’autres couleuvres ». Concrètement, lors de ses deux ans et trois mois rue de Valois, elle n’a pas eu les moyens d’esquisser une politique. Pire, elle laisse à son successeur des dossiers brûlants, comme celui des intermittents, du régime retraite des auteurs ou encore celui du prêt numérique en bibliothèques, de la lutte contre Amazon, ainsi que son projet de loi sur la création…

La boulette :

La ministre a été la risée des réseaux sociaux en août 2013 en postant un tweet truffé de fautes (6 au total) pour soutenir le journaliste Frédéric Haziza contre lequel circulait une pétition lancée par l’extrême-droite.

La ministre de la culture effacera le message avant de rejeter la faute sur ses collaborateurs. Moche.

Fleur Pellerin : un budget redressé et des larmes

Les + : Elle a stoppé l’hémorragie du budget de la culture, avec même une hausse des crédits de son ministère. En est-elle vraiment la responsable ? Rien n’est moins sûr, mais on peut tout de même mettre ce coup de pouce à son crédit.

Fleur Pellerin a également permis de faire revenir les tournages de films en France grâce au crédit d’impôt. Elle a par ailleurs obtenu un accord pour une juste répartition des revenus issus du numérique au sein de la filière musicale, sans oublier son grand projet relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine. Sur le dossier brûlant des intermittents du spectacle, réglé grâce à l’intervention directe du Premier ministre Manuel Valls, Fleur Pellerin a su négocier avec de nombreuses municipalités des “pactes” pour garantir les crédits à la culture sur trois ans. Un bon bilan qui ne lui a pas épargné son éviction en 2016, à laquelle elle ne s’attendait pas du tout. Elle aurait fondu en larmes en l’apprenant, même si l’intéressée s’en défend.

Les – : C’est un comble, mais c’est surtout sa communication qui a pêché. La ministre l’a reconnu dans L’Obs une semaine après son éviction. Communication avec François Hollande d’abord, comme en témoigne ce triste conseil lancé par le président juste après l’avoir nommée : « va au spectacle et flatte ! ». « J’avais pris ces mots du président pour une boutade, en fait ils étaient ma feuille de route », confie-t-elle. Sa communication avec le grand public ensuite, notamment lorsqu’elle reçoit une équipe de Canal+  dans son bureau et qu’elle est incapable de dire qui est l’auteur des peintures qui l’ornent, ou ce qu’il y a dans ses dossiers : « J’ai essayé de m’adresser à un public jeune. Il me semblait important de toucher ceux qui ne regardent pas le JT et les émissions politiques traditionnelles ». Un échec qu’elle reconnaît bien volontiers. Plusieurs artistes se sont enfin plaints de ce que Fleur Pellerin accorde trop d’importance au numérique, au détriment des autres arts.

La boulette : En octobre 2014, alors que Patrick Modiano vient de se voir remettre le prix Nobel de littérature, Maïtena Biraben (présentatrice de Canal+) lui demande quel est son livre préféré de l’écrivain. Et là, c’est le malaise. Incapable de citer un seul ouvrage, la ministre de la culture finit par répondre : « J’avoue sans aucun problème que je n’ai pas du tout le temps de lire depuis deux ans […] Je lis beaucoup de notes, beaucoup de textes de loi, les nouvelles, les dépêches AFP mais je lis très peu ».

Audrey Azoulay : proche du président et politique froide

Les + : En remerciant Fleur Pellerin, François Hollande lui aurait glissé qu’il voulait une ministre qui fasse davantage de politique. Il a eu le nez creux avec Audrey Azoulay, l’une de ses proches, puisque la ministre, arrivée en février 2016, a réussi le tour de force d’annoncer en septembre que le budget de la culture atteignait les 10 milliards d’euros, et 1% du budget de l’État. Une première, mais un record artificiellement gonflé, comme l’a souligné Profession Spectacle dès l’annonce faite.

Les – : Le principal aspect négatif de son bilan est sans nul doute la supercherie politicienne mentionnée précédemment, qui avait provoqué l’ire de Maussano Cabrodor, en une tribune libre publiée dans Profession Spectacle : « la manipulation du budget de la culture repose sur notre lâcheté ».

Autre problème : la polémique née d’une commande de photos sur le thème de la « jeunesse en France », et révélée par Le Monde fin décembre. On y apprend que 15 photographes ont été sélectionnés sur 455 candidats en novembre dernier, avec 10 000 euros à la clef pour chacun, ainsi qu’une expo et un livre. Problème : six font partie d’un autre projet photo collectif, dont le titre est « La France vue d’ici ». « A priori, rien à voir entre les deux projets », note le quotidien du soir… Sauf que le directeur artistique est aussi jury de la commande d’État sur la jeunesse. « Il en est même le moteur ». D’où les soupçons formulés par des candidats éconduits. Autre polémique : le délai. Toutes les œuvres doivent être réalisées en deux mois ! Pourquoi tant d’empressement ? Sans doute parce qu’après, Audrey Azoulay ne sera plus là et ne pourra communiquer sur ce projet ! Voilà à quoi on reconnaît sans doute une ministre de la culture affutée en politique…

La boulette : On n’est pas loin de celle de Fleur Pellerin, mais en moins gênant. En rendant hommage à l’écrivain Michel Buttor, Audrey Azoulay a salué « celui qui obtint le prix Renaudot pour La consolidation ». Problème, l’auteur a écrit La modification, et non « La consolidation ».

Jacques GUILLOUX

Série sur le bilan culturel de François Hollande :

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