10 juin 1813… 208 ans jour pour jour – À (seulement) 16 ans, Schubert compose sa troisième œuvre pour piano à quatre mains, non sans difficultés. Ce qui ressemblait d’abord à une sonate devient peu à peu une fantaisie. On sent que le jeune compositeur cherche encore un peu sa voie… mais on aime tant l’écouter la chercher !

En 1813, Franz Schubert a seize ans. En ce printemps, il traverse une mauvaise passe au Konvikt, le conservatoire où il est pensionnaire. Ses résultats scolaires, dont dépend la bourse d’études qui lui est versée par l’empereur d’Autriche, sont les plus mauvais qu’il ait jamais connus. Il récolte même un piteux deux en maths. Enfin un point commun avec moi ! J’en rougis de fierté. Ce n’est certainement pas à Bach que ce serait arrivé, ça non !

Il faut dire que la période est propice à l’inattention. L’Europe est en ébullition, l’Allemagne se soulève contre l’occupant français et des patriotes autrichiens agitent le très conservateur microcosme local. Il se peut que l’adolescent Schubert soit quelque peu exalté par le départ de ses héros, notamment le poète Theodor Körner, qui sera tué, pour combattre les troupes de Napoléon. C’est dans ce contexte qu’il compose une nouvelle œuvre pour piano à quatre mains, la troisième depuis la partition qui ouvre le catalogue Deutsch (D1) dont je vous ai parlé il y a quelques semaines.

Il la commence en avril 1813 mais, contrairement à son habitude, il semble avoir du mal à l’achever et n’y parvient que le 10 juin. Cette relative difficulté est peut-être liée à des hésitations sur la structure. Le premier collectionneur de l’œuvre de Schubert, Stadler, baptise cette petite partition « Sonate ». Mais Schubert fait deux versions, symptomatiques de ses hésitations. Il revoit la première version en raison d’un mécontentement sur le finale : « Il n’avait plus de goût pour le finale. Peut-être avait-il du reste remarqué qu’aussi bien le plan général que la suite des tonalités, en dépit de bien des beautés rhapsodiques, n’étaient pas bâtis suivant la plus grande correction scolaire. » Alors il refait, en laissant de côté la forme stricte de la sonate au profit d’une structure qui tend davantage vers la fantaisie.

Pour le coup, le finale sera une figure qui rappellera un peu Bach, et dont le thème est proche de l’adagio d’un quatuor achevé au mois de mars précédent. Il s’inspire même de la forme adoptée par Mozart pour l’andantino d’une de ses propres fantaisies. Déjà plein d’expérience, Schubert cherche encore un peu sa voie. Mais on aime tant l’écouter la chercher…

Comme disait le pourtant impitoyable Stravinsky lorsqu’on lui demandait ce qu’il pensait des longueurs de Schubert : « Qu’importe si lorsque je me réveille je suis au paradis… »

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride