Instant classique – 10 novembre 1904… 116 ans jour pour jour. Ferruccio Busoni compose un long concerto ambitieux, qui ressemble presque à une symphonie avec piano et chœur. Une œuvre lourde à monter.

Voici cent seize ans aujourd’hui, Ferruccio Busoni, compositeur d’origine italienne (par son père) et allemande (par sa mère), présente son concerto pour piano, chœur d’hommes et orchestre. Nous sommes à Berlin, dans la Salle Beethoven. Busoni est au piano (il est l’un des meilleurs pianistes de sa génération), et l’orchestre philharmonique de Berlin ainsi que le chœur (caché en coulisses) de la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche sont conduits par son chef titulaire Karl Muck. Il s’agit d’un des concerts produits par Busoni lui-même, dans lesquels il présente régulièrement des œuvres nouvelles. Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, il présente donc sa dernière œuvre à lui. Il voulait la dédier à son ami pianiste et pédagogue américain William Dayas, mais celui-ci venait juste de mourir.

Busoni a trente-huit ans et est déjà fort célèbre, au moins comme professeur et concertiste. Il a déjà composé des ouvrages très influencés par Liszt et son concerto de 1904, qu’il a mis plusieurs mois à composer, est sa première partition vraiment très ambitieuse. En cinq mouvements, souvent enchaînés, elle constitue plutôt une symphonie avec piano (et chœur) qu’un véritable concerto, même si le soliste a vraiment fort à faire pour se sortir des pièges de l’œuvre. C’est dans le dernier mouvement, « Cantico », que le chœur d’hommes intervient, sur un extrait du poème Aladdin du danois Oehlenschlaeger, dont Nielsen s’inspirera lui aussi un peu plus tard.

Comme toujours avec des œuvres nouvelles, la critique est très divisée au lendemain du concert du 10 novembre 1904. Les uns tournent Busoni en dérision avec dédain, les autres accueillent l’œuvre avec davantage de bienveillance. Mais elle n’aura guère de succès par la suite, d’autant qu’elle est relativement longue, et lourde à monter.

En voici l’avant-dernier mouvement, purement instrumental, marqué « All’italiana – Vivace », ici par une grande pianiste, Viktoria Postnikova, avec l’Orchestre national de France, s’il vous plaît, sous la direction de Gennadi Rojdestvensky. C’est une tarentelle qui combine chants populaires et marches militaires.

Cédric MANUEL

 



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