Instant classique – 12 février 1909… 111 ans jour pour jour. Quel destin que celui de Ignacy Jan Paderewski ! Né en 1860 en Pologne, il a quelques prédispositions pour la musique, mais ne se signale pas particulièrement par sa virtuosité en la matière. C’est la mort tragique de sa première femme, alors qu’il n’a que vingt-et-un ans, qui le pousse à oublier son chagrin par un travail acharné.

C’est alors qu’il devient un virtuose que toute l’Europe puis l’Amérique s’arrachent. Il compose aussi plusieurs pièces pour piano puis, de 1903 à 1908, il réalise ce qui sera quasiment son dernier opus, la gigantesque symphonie Polonia, qui est créée à Boston voici juste cent dix ans. Bon, d’accord, elle est assez indigeste, il faut bien le dire. Mais c’est que Paderewski devient en même temps à cette époque une personnalité de premier plan ; son message à travers cette symphonie est un acte politique.

C’est lui qui, en exil durant la Première Guerre mondiale, représente la Pologne auprès des États-Unis, lui qui plaide passionnément et avec succès auprès du président Wilson pour une Pologne enfin libre et indépendante, lui qui devient Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du nouvel État et qui signe à ce titre le traité de Versailles puis celui de Saint-Germain pour son pays. Il reprendra ensuite sa carrière pianistique sans beaucoup composer et aura la douleur de voir la Pologne à nouveau menacée puis envahie en 1939. À nouveau, il devient le chef du gouvernement en exil aux États-Unis, mais il meurt épuisé en 1941. Ses cendres seront solennellement rendues à la Pologne par les États-Unis en 1992 en présence des présidents des deux pays.

Pas étonnant dans ces conditions que sa symphonie soit un monument à la Pologne, même s’il en anticipe la libération. Elle est en seulement trois mouvements (mais très longs). Elle lui a peut-être été inspirée par des dessins d’Arthur Grottger parus en 1863 avec le même titre, qui décrivaient le quotidiens difficile des Polonais sous occupation russe. S’ensuivit un énième soulèvement durant lequel le père de Paderewski avait été arrêté.

Dans cette symphonie, Paderewski s’inspire de ses grands contemporains, mais ne parvient pas à trouver une voie synthétique pour exprimer ses orientations. Ses développements sont trop longs, son orchestration assez pléthorique. On trouve même dans l’effectif un tambour de basque, un orgue, et une percussion au grand complet. C’est beaucoup pour un compositeur qui a sans doute moins de génie que le pianiste, mais c’est une œuvre néanmoins émouvante.

Voici le finale. L’orchestre est très fruste, pas toujours ensemble, avec un piccolo effrayant, mais c’est la seule vidéo que j’aie trouvée qui découpe la partition en morceaux pas trop longs, car la symphonie dure 1h15… et n’est pas Bruckner ou Mahler qui veut !

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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