Instant classique – 12 juin 1829… 191 ans jour pour jour. Pour l’opéra de Berlin, Gaspare Spontini – qui avait été nommé directeur général de la musique royale par Frédéric-Guillaume III quelques années plus tôt – se voit proposer trois sujets pour composer son unique opéra en langue allemande.

L’aspiration du compositeur pour écrire de grandes fresques historiques lui font choisir un épisode de l’histoire des Hohenstaufen, dont Friedrich von Raumer venait de publier un récit, qu’adaptent pour le compositeur Ernst Raupach et Karl von Liechtenstein. Spontini voit grand et compose un opéra historico-romantique, baptisé Agnès von Hohenstaufen qu’il considère vite comme sa meilleure partition.

La création, d’abord prévue pour les noces de Charles de Prusse, est repoussée de deux ans, pour un autre mariage (celui du futur empereur Guillaume Ier). Elle a donc lieu voici 191 ans à l’Opéra royal de Berlin. Une autre version sera créée en décembre 1837.

Spontini n’obtient pas un triomphe, lui qui doit affronter l’animosité des compositeurs allemands. Il le regrettera toujours amèrement, d’autant qu’il n’aime guère qu’on le compare à ses contemporains italiens : « Je n’écris pas comme ces spéculateurs, pour l’argent et le temps présent, dira-t-il à l’un des ses amis bien des années plus tard. Dans Agnès, j’ai développé ma pensée immense, le projet d’un opéra majestueux, le grand opéra dont j’ai toujours rêvé, un opéra de l’avenir. »

Opéra de l’avenir ? L’œuvre est monumentale et admirable mais tombera vite dans l’oubli après ses dix-neuf représentations berlinoises. Le Mai musical florentin l’en sortira dans une traduction italienne plus d’un siècle après la mort de Spontini. C’est un extrait de cette soirée historique de 1954 que je vous propose ici, avec le finale de l’œuvre, où l’on peut notamment entendre le jeune Franco Corelli (trente-trois ans), sous la direction de Vittorio Gui. Le son est précaire, mais l’ambiance électrique !

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »