Instant classique – 13 juin 1911… 109 ans jour pour jour. Igor Stravinsky raconte dans son autobiographie que l’idée d’écrire le ballet Petrouchka, sans doute la plus célèbre de ses œuvres avec le Sacre du printemps, lui est venue en composant un petit konzerstück pour piano et orchestre « pour se détendre »…

« En composant cette musique, j’avais nettement la vision d’un pantin subitement déchaîné, qui, par des cascades d’arpèges diaboliques, exaspère la patience de l’orchestre, lequel à son tour lui répond par des fanfares menaçantes. Il s’ensuit une terrible bagarre qui, arrivée à son paroxysme, se termine par l’affaissement douloureux du malheureux pantin. »

La voie était toute tracée pour Petrouchka, célèbre marionnette russe, sorte de Polichinelle local, et pour un ballet dont Igor Stravinsky écrit l’argument avec Alexandre Benois, qui concevra également les décors et les costumes. La partition, irrésistible de finesse et de féérie, est l’une de celles qui permet d’amener les enfants au concert pour la première fois (et j’en connais une qui avait beaucoup aimé !). Elle foisonne de mille couleurs, propices à l’imagination même lorsqu’on ne voit devant soi que l’orchestre qui s’affaire. Partition cependant très audacieuse déjà, qui montre le parcours de Stravinsky après L’Oiseau de feu et juste avant le fameux Sacre.

Ce 13 juin 1911, c’est Pierre Monteux qui dirige l’orchestre du théâtre du Châtelet à Paris. Les ballets russes de Diaghilev sont sur scène et c’est le légendaire Nijinsky qui interprète l’infortuné Petrouchka. Au terme de la représentation, on est bien loin du charivari qui aura lieu deux ans plus tard au théâtre des Champs-Élysées avec Le Sacre ! Le triomphe est immédiat et total, les Français ayant par ailleurs sans doute reconnu la fameuse chanson populaire utilisée par Stravinsky pour symboliser la fête foraine et son orgue de barbarie, « elle avait une jambe de bois », dont l’utilisation vaudra au compositeur quelques problèmes de droits d’auteur.

Stravinsky avait conçu son ballet pour un très gros orchestre en 1911. Il reprendra la partition en 1947 pour un effectif plus réduit, qu’on utilise généralement aujourd’hui. Mais c’est égal, la magie opère toujours.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »