13 mai 1877… 144 ans jour pour jour – Sur un poème de Leconte de Lisle, César Franck compose une bonne ballade marine gorgée de soleil… On en a bien besoin, n’est ce pas ?

Lorsqu’il compose son premier poème symphonique, au sens où on entend ce genre (composition orchestrale généralement proposée en un seul mouvement, représentant un genre musical dont l’idée – narrative ou descriptive – n’est pas musicale en soi et constitue un « programme »), César Franck a déjà cinquante-trois ou cinquante-quatre ans. Il l’esquisse en 1875 et la réalise véritablement en 1876. Son « idée » inspiratrice vient du poème éponyme de Leconte de Lisle, qui figure dans les Poèmes antiques. Il y évoque les doux zéphyrs et les brises délicates qui enveloppent nymphes et dieux entre Grèce et Italie. Le poème s’achève ainsi :

« Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !« 

Et puisqu’on parle d’harmonie, Franck n’est pas manchot en la matière. Le voici qui décrit ces doux vents avec forces harmonies chromatiques, mais aussi de douces mélodies qui évoquent en effet le souffle aérien sur les flots. Le compositeur dresse une sorte de toile de fond du poème de Leconte de Lisle sans décrire strophe par strophe son récit.

Il faut dire que César Franck, qui commence alors à peine à être apprécié, a vu se développer durant les années précédentes une vraie concurrence sur le terrain assez nouveau (quoi que) du poème symphonique dans la vie musicale parisienne. Son ami Camille Saint-Saëns par exemple, en avait déjà produit trois coup sur coup (Le Rouet d’Omphale, Phaéton et La Danse macabre) et Franz Liszt en avait présenté, au cours des huit ans précédents, une bonne demi-douzaine. C’est d’ailleurs lui le modèle musical de Franck dans cette partition évocatrice, présentée avec un grand succès à la Société nationale de musique (institution créée après la guerre de 1870 pour défendre les créations françaises – il faut rappeler ici que Franck est belge…), sous la direction d’Édouard Colonne.

Une bonne ballade marine gorgée de soleil…
On en a bien besoin, n’est ce pas ?

Cédric MANUEL



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Rubrique : éphéméride