Instant classique – 13 mars 1951… 71 ans jour pour jour. La musique d’Arthur Sullivan, très jubilatoire, rappelle souvent – jusqu’au plagiat ! – celle d’Offenbach. Mais lorsque le chef d’orchestre Charles Mackerras et le chorégraphe John Cranko imaginent un ballet fondé sur la musique de Sullivan, ça bouge bien ! Un grand succès.

Le couple W. S. Gilbert et Arthur Sullivan est surtout connu outre-Manche. Il s’agit de deux auteurs majeurs de l’ère victorienne. Un peu les Meilhac et Offenbach ou plutôt les Meilhac-Halévy et Offenbach britanniques. Ils ont collaboré ensemble pour quatorze opérettes pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1896. Arthur Sullivan était le musicien du duo, compositeur assez fameux à l’époque et auteur également de musique très sérieuse (dont une belle Irish symphony, par exemple).

Bien après leur mort, le chef d’orchestre Charles Mackerras, qui admirait beaucoup leur œuvre, imagine avec le chorégraphe John Cranko un ballet fondé sur des productions du duo victorien, et tout particulièrement sur la musique de Sullivan. L’argument du ballet se fonde sur une ballade de Gilbert, The Bumboat woman’s story, dans laquelle l’héroïne s’appelle Pineapple Poll. Mackerras utilise le matériau musical de onze des quatorze opéras-comiques de Gilbert et Sullivan.

L’histoire est tout à fait classique mais totalement déjantée : des marins débarquent dans un port et vont rejoindre leurs petites amies. Pineapple Poll leur vend des fleurs et Jasper, le serveur d’un bar voisin, leur porte des bières. Jasper est fondu de Pineapple Poll, qui s’en contrefiche comme de sa première barboteuse. Le très avenant capitaine du navire, Belaye, arrive alors. Toutes les copines des marins et Pineapple elle-même se pâment et essaient d’attirer son attention, avec force insistance. Mais le capitaine croise le regard de Blanche, qui arrive là avec sa tante et crac badaboum, plus rien n’a d’importance, même s’il a autant de mal à se débarrasser de ses nombreuses admiratrices que son collègue Haddock de son sparadrap. Pineapple Poll ne renonce pas à conquérir Belaye. Elle se déguise en marin et monte sur le navire. Jasper découvre alors ses vêtements abandonnés sur le quai et croit qu’elle a disparu… Il est désespéré et emporte tous les vêtements avec lui…

Le problème, c’est que toutes les autres admiratrices du capitaine ont fait la même chose que Pineapple ; le lendemain, le capitaine, tout à ses pensées pour Blanche avec laquelle il va se fiancer, ne remarque pas que son équipage est très bizarre. Blanche arrive, avec une robe de mariée (ça va vite, dans la marine !). Désespoir général dans l’équipage… Pineapple ôte son déguisement et toutes les autres la suivent. Blanche est horrifiée et le capitaine fait un peu la tête du loup “astonished” dans Tex Avery. Mais il est bientôt promu amiral et donc change d’uniforme et récupère Blanche, pas trop regardante. Jasper récupère l’uniforme de capitaine et comme rien ne tient debout dans cette histoire de fous, devient le nouveau capitaine du navire. Effet immédiat sur Pineapple et “happy end” général, que je vous propose d’écouter ici.

La musique de Sullivan, très jubilatoire, rappelle souvent – jusqu’au plagiat ! – celle d’Offenbach. La création de ce ballet au Sadler’s Wells Theatre de Londres voici soixante-et-onze ans, lors d’un grand spectacle où sont présentés plusieurs autres ballets chorégraphiés par Cranko est un très grand succès, cela va sans dire…

Cédric MANUEL

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Source photographique : Birmingham Royal Ballet

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