Instant classique – 15 mars 1939… 82 ans jour pour jour. Alors que les Allemands occupent la Tchécoslovaquie, le célèbre Quatuor de Prague crée le 3e quatuor à cordes de Vítēzslav Novák : une œuvre qui reprend des rythmes et des thèmes populaires, avant de dire définitivement « adieu à la jeunesse ».

Coincé avec son ami Josef Suk entre Antonín Dvořák, son professeur et pour ainsi dire père spirituel, et Leoš Janáček, la figure résolument moderne de la musique tchèque, Vítēzslav Novák (1870-1949) est l’un des grands compositeurs tchèques de la première moitié du XXe siècle. Aujourd’hui éclipsé par ses aînés et contemporains précités, auxquels il faut ajouter Bohuslav Martinů, on a un peu oublié son importance pour la musique de ce pays.

D’abord classé parmi les post-romantiques défenseurs de l’héritage du grand maître Antonín Dvořák, il s’émancipe peu à peu de ce langage et se rapproche notamment des Français post-debussystes avant d’adopter dans les quinze dernières années de sa vie un style plus fermement nationaliste. Il s’inspire d’ailleurs nettement des chants et danses populaires, comme Janáček, mais sans en utiliser la trame très brute, il les retravaille et s’en inspire.

Le troisième quatuor à cordes fait partie de cette dernière période. Écrit en 1938, il est en deux mouvements aux atmosphères tout à fait différenciées. Le premier (Allegro risoluto) est parcouru de rythmes et de thèmes caractéristiques de ces danses populaires, que vous reconnaîtrez sans peine (c’est l’extrait que j’ai choisi). Le second (Lento doloroso) décrit un adieu à la jeunesse, que Novák illustre en trois temps : « Douleur sauvage », « enterrement de ma jeunesse » et « résignation ». Tout un programme !

C’est le légendaire Quatuor de Prague qui crée cette partition voici quatre-vingt-deux ans, alors même que la Tchécoslovaquie est occupée par les Allemands, ce qui lui donne une connotation bien particulière. L’œuvre remporte un triomphe sept ans plus tard, lorsque le même quatuor la jouera dans une ville « libérée »… deux ans avant le Coup de Prague.

Cédric MANUEL

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