Porté par une vague patriotique, Jean Sibelius compose une œuvre en hommage à la Carélie, région à la frontière entre la Finlande et la Russie. Créée il y a 128 ans aujourd’hui, l’œuvre est reniée par le compositeur qui en tire une petite suite en trois mouvements, encore très populaire de nos jours.

À la fin du XIXe siècle, comme d’autres pays d’Europe, la Finlande, alors grand-duché relativement autonome rattaché à l’empire russe, aspire à son indépendance et construit son propre roman national. Ce dernier est largement bâti sur d’ancestrales légendes nordiques, comme le fameux Kalevala, grand récit mythologique. Dans cette construction, les vastes étendues de paysages qui composent la Finlande d’aujourd’hui, ont leur part.

Il en est ainsi par exemple de la Carélie, région frontalière entre Finlande et Russie aujourd’hui, et qui constitue un élément très important de l’identité finnoise, étant par ailleurs le berceau de nombreux chants populaires. En 1893, l’association des étudiants de Viipuri, l’université d’Helsinki, commande à Jean Sibelius, qui a alors vingt-sept ans et qui commence à peine à composer des œuvres pour orchestre, une musique de scène pour un spectacle donné en l’honneur de la Carélie, Viipuri étant le nom finnois de Vyborg, ville de Carélie.

Sibelius compose donc une ouverture et huit tableaux qui figurent des situations historiques ou décrivent les paysages caréliens, pour finir par l’hymne « Notre patrie ». Cet ensemble est créé voici cent vingt-huit ans aujourd’hui et remporte un succès chaleureux, porté par la vague patriotique. Il contribue à asseoir le nom de Sibelius comme musicien national, ce avec quoi il n’est pas toujours à l’aise même s’il compose quelques années plus tard ce qui constitue, un peu comme le « Va, pensiero » de Nabucco en Italie, le second hymne national finlandais, « Finlandia ».

Sibelius, personnage ombrageux et exigeant envers lui-même, renie bientôt « Karelia » et cherche même à l’oublier. Il en tirera simplement une petite suite en trois petits mouvements :’ ‘Intermezzo’’, ‘‘Ballade’’ et ‘‘Alla marcia’’, qui conserve le même titre. C’est cette suite que l’on donne généralement et elle est restée très populaire en raison de ses couleurs et d’une capacité d’entraînement restée intacte.

La voici par l’orchestre de la radio d’Helsinki, dirigée par un des nombreux et très bons chefs d’orchestre que ce grand pays de musique a produits tout au long du XXe siècle, Okko Kamu.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



 

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