13 septembre 1814… À 17 ans, Schubert achève son 8e quatuor à cordes, une partition baignant dans une atmosphère sereine et lumineuse. On y reconnaît son style si irrésistible, ainsi que cette sensibilité constante et profonde. Une surprise vient toutefois du dernier mouvement…

Autant nous avions hier un Mozart un peu morose, autant nous trouvons aujourd’hui un Franz Schubert tout heureux. Notre ami Franz, dix-sept ans, termine en effet ce 13 septembre 1814 son huitième quatuor à cordes et ce dernier baigne dans une atmosphère sereine et lumineuse. Cela se ressent d’ailleurs dans tout ce que nous savons de l’écriture de cette œuvre : si Schubert la termine le 13 septembre, il l’avait commencée… le 5 ! C’est la date qui figure sur le manuscrit du premier mouvement et Schubert, enfiévré et pas peu fier, écrit même à côté de la date : « Achevé en quatre heures et demie. » Le second mouvement lui donne un peu plus de « mal » (6-10 septembre), le menuet est composé dans la journée du 11 et le tout est donc terminé deux jours après.

C’est une période heureuse pour Schubert. Il vient de terminer un stage à l’École normale (il est destiné à devenir instituteur comme son père, dont il sera l’assistant jusqu’en 1816, ce qui ne l’amuse pas plus que ça) et se trouve donc en vacances. Il sait que, pour une fois, l’une de ses œuvres va être interprétée en public ( ce sera la première de ses messes, composée entre mai et juillet pour le centenaire de son église paroissiale… Eh oui, il ne s’arrête jamais !), il a un opéra en chantier, il fait sûrement beau à Vienne ces jours-là… Bref, il voit la vie avec des bouffées de joie.

Au tout début, le quatuor qui nous occupe aujourd’hui était juste un trio et puis Schubert a décidé en l’écrivant de passer au quatuor. C’est peu dire qu’on reconnaît le style si irrésistible de Schubert, cette sensibilité constante, profonde et ici lumineuse, même si l’andante est plus méditatif. La surprise vient du dernier mouvement, par ailleurs particulièrement original dans son écriture : on y entend les prémisses thématiques du scherzo de ce qui deviendra la grande symphonie en ut, la fameuse neuvième, quatorze ans plus tard…

Voici ce petit chef d’œuvre dans son intégralité, ici par le quatuor Melos (et avec la partition !). On reste donc dans l’excellence…

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »