Instant classique – 14 novembre 1906… 114 ans jour pour jour. Leoš Janáček  compose une ouverture tourmentée pour son opéra Jenůfa, premier grand chef-d’œuvre lyrique du compositeur. Une pièce que Janáček n’intègrera finalement pas dans son œuvre finale et qui constitue un bref tableau d’un des sentiments les plus dévastateurs qui puisse tourmenter l’âme humaine.

Lorsqu’il compose, en 1894, son ouverture Zárlivost (Jalousie), Leoš Janáček pense en faire l’introduction de son opéra Jenůfa, qui sera son premier grand chef-d’œuvre lyrique, par lequel il prend le chemin d’une expression musicale très personnelle. C’est la raison pour laquelle cette ouverture, si concentrée, tourmentée, presque violente, reprend le langage de l’opéra, qui n’est pourtant pas centré sur la jalousie, sentiment qui apparaît néanmoins violemment au premier acte.

En réalité, le compositeur s’était inspiré pour son ouverture d’un récit populaire, Zárlivec, le Jaloux, dont il avait d’abord fait un chœur dans sa jeunesse. Ce chœur racontait l’histoire d’un brigand blessé et qui va mourir, mais qui tue sa fiancée pour qu’elle ne puisse appartenir à personne après lui. Cette histoire effroyable n’est pas l’argument principal de Jenůfa, si bien que finalement Janáček ne fera pas de l’ouverture celle de cet opéra.

Quelques années plus tard, sa fille Olga, très malade, lui demande de lui jouer la partition entière de Jenůfa, au piano. Nous sommes en 1903 et depuis des mois, le compositeur travaille dans une petite pièce attenante à la chambre de sa fille. Il lui joue donc l’opéra dans son intégralité, y compris semble-t-il l’ouverture qu’il vient de reprendre. Olga meurt quelques jours plus tard, laissant son père dévasté. « Je voudrais lier Jenůfa avec le ruban noir de la maladie, de la souffrance et des soupirs de ma fille Olga », dira-t-il en lui dédiant la partition.

Mais pour autant, il n’a pas l’intention d’ajouter l’ouverture à l’opéra. C’est donc seule que cette partition, avec son titre définitif, est présentée voici tout juste cent quatorze ans à Prague. On entend des références à l’opéra dans ce bref tableau d’un des sentiments les plus dévastateurs qui puisse tourmenter l’âme humaine.

Qui de mieux pour l’interpréter que l’orchestre philharmonique tchèque lui-même, dirigé par celui qui reste aujourd’hui comme l’un des plus grands spécialistes de Janáček, et qui a d’ailleurs signé une interprétation de référence au disque de Jenůfa, sir Charles Mackerras.

Cédric MANUEL

 



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