Instant classique – 15 décembre 1800… 220 ans jour pour jour. Beethoven compose une charmante et même rafraichissante sonate, sa onzième. Si le compositeur fait tout pour montrer qu’il va bien, sa surdité progresse et le terrifie.

Ce 15 décembre 1800, Ludwig van Beethoven écrit à son éditeur, Hofmeister, à Leipzig. Il lui annonce des tombereaux de nouvelles partitions : sa première symphonie, son deuxième concerto pour piano et un septuor. Dans le même temps, il lui envoie une nouvelle sonate pour piano, sa onzième. Il donne le change, il fait tout pour montrer qu’il va bien, fait son charmeur, s’amuse. En fait, l’hiver qui s’annonce le trouve malade et surtout très inquiet. Sa surdité progresse, il le sait et en est terrifié. Mais personne – à part ses très proches amis – ne s’en aperçoit.

Cette charmante et même rafraîchissante sonate opus 22, la voici. Il est probable qu’il l’ait terminée quelques jours avant sa lettre, mais on ne sait pas bien quand, pas plus qu’on ne sait quelle est la version qu’il envoie à Hofmeister. Car il la corrigera les jours suivants, comme le montre une autre lettre, en janvier 1801 : « Je vous propose les choses suivantes : […] grande sonate solo, allegro, adagio, minuetto, rondo : vingt ducats. Cette sonate a grandi, monsieur mon très cher frère. »

Hofmeister la publiera en 1802 avec ce titre : « Grande solo-sonate pour le piano-forte, composée et dédiée à M. le Comte de Browne, Brigadier au service de Sa Majesté Impériale de toute la Russie par Louis van Beethoven. »

Pour l’interprétation, j’ai choisi une très grande pianiste hongroise hélas un peu oubliée aujourd’hui, disparue il y a une vingtaine d’années, Annie Fischer. Dans les années 1970, elle s’était lancée dans la gravure de l’intégrale des sonates de Beethoven, après une tournée où elle les avait données une première fois pour un public d’adultes et une autre fois pour des plus jeunes. Vous serez peut-être surpris par la sonorité du piano, qui fait penser parfois à un pianoforte d’époque. Mais en réalité, elle a effectué cet enregistrement – méticuleusement réécouté, refait, puis réécouté, etc., par l’intéressée, très perfectionniste – sur un piano Bösendorfer. Aujourd’hui propriété de Yamaha, cette marque prestigieuse a la particularité de concevoir des pianos aux touches réputées plus dures et, lorsqu’on le joue sans appuyer trop, de produire des sons plus perlés que ceux de son principal concurrent Steinway & Sons. Certains pains de cette gamme ont plusieurs touches supplémentaires dans les graves. C’est en tout cas ce qu’en disent les spécialistes.

Cela devait plaire à Annie Fischer car le résultat s’approche sans doute davantage du pianoforte de marque Broadwood sur lequel composait et jouait Beethoven.

Cédric MANUEL



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