Instant classique – 15 mars 1897… 123 ans jour pour jour. Conquérant. C’est l’état d’esprit du compositeur Sergueï Rachmaninov, lorsqu’il compose sa première symphonie, à vingt-deux ans, en 1895. Il en veut, le monde est à lui. Et ça s’entend.

Farouche, violente, grandiose, aux mille atmosphères, c’est une grande œuvre, dont l’étrange épigraphe est : « C’est à moi qu’appartient la vengeance. » C’est l’exaltation impérieuse de la jeunesse.

La symphonie doit énormément à Tchaïkovsky, mort deux ans auparavant.

Ce 15 mars 1897, pour la création à Saint-Pétersbourg, c’est Alexandre Glazounov, grand compositeur lui-même, qui dirige l’orchestre. Il est saoul comme un… enfin, il est beurré comme un palet breton. Il fait à peu près n’importe quoi et, manque de chance, l’orchestre le suit comme un seul homme. Le lendemain, César Cui porte l’estocade dans la presse et assassine la partition.

Rachmaninov tombe à peu près de la hauteur de la cathédrale Saint-Isaac. Il est tétanisé et sombre sans tarder dans une dépression d’une violence terrible. Il sera incapable d’écrire la moindre note pendant trois ans, au prix d’une curieuse thérapie à base d’hypnose. Il détruit la partition qu’il n’entendra plus jamais de son vivant, même si, longtemps après, il en reparlera avec plus d’indulgence.

C’est uniquement parce qu’on a retrouvé le matériel d’orchestre de la création qu’on peut entendre cette œuvre aujourd’hui. Mais oui, finalement, Rachmaninov se vengera et de quelle façon : il renaîtra littéralement avec son célébrissime concerto pour piano n°2.

Voici le dernier mouvement de cette première symphonie, décoiffant, dans une interprétation qui ne l’est pas moins et qui fait référence.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »