Instant classique – 16 juin 1895… 125 ans jour pour jour. Ernö Dohnányi (ou Ernst von Dohnanyi, voire Dohnanyi Ernö, comme on voudra) est par trop négligé aujourd’hui. C’est pourtant l’un des plus grands compositeurs d’Europe centrale du tournant des XIXe et XXe siècles, et un homme admirable.

Ami de Béla Bartók – dont l’esthétique musicale n’a rien à voir avec la sienne, essentiellement post-romantique -, il l’aidera sa vie durant et a tout fait pour imposer, en tant que chef d’orchestre et interprète, mais aussi comme directeur de la société philharmonique hongroise pendant vingt-cinq ans, ses contemporains modernistes contre une administration ultra conservatrice. Pendant la guerre, il restera à Budapest et s’efforcera de protéger les musiciens juifs de l’orchestre avant de devoir quitter son pays, poursuivi par les Soviétiques qui l’accusaient d’avoir collaboré.

Il n’a que dix-huit ans lorsqu’il compose sa première œuvre, pour la musique de chambre, un quintette avec piano tout à fait dans la veine de Brahms, qu’il admire profondément. Il est encore élève à l’Académie des Beaux-Arts de Budapest aux côtés de Bartók et se révèle un musicien d’une étonnante maturité, s’inspirant certes de la forme brahmsienne, mais avec son langage propre. D’emblée, la partition est primée et immédiatement créée à Budapest, quelques mois seulement après sa réalisation, que l’on commémore aujourd’hui en quatre mouvements, le premier étant tout à la fois mendelssohnien, brahmsien et schubertien, d’une grande beauté. C’est d’ailleurs Brahms lui-même qui recommandera sa publication chez Simrock à Vienne.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
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