Instant classique – 16 mai 1787… 233 ans jour pour jour. Mozart s’est mis tard au quintette pour cordes, formation d’ailleurs apparue seulement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Après un premier en 1773, il en écrit deux coup sur coup au printemps 1787, très différents l’un de l’autre.

Le 16 mai, Wolfgang Amadeus Mozart achève donc son 3e quintette, le plus désabusé, du moins le plus déboussolé. Alors que le précédent regorgeait de vie et de joie, voilà que celui-ci adopte une tonalité sombre, inquiète. C’est que Mozart traverse souvent des périodes de doute, d’introspection et d’indécision. De plus, son père est gravement malade (il mourra douze jours après). La conscience de la brièveté de l’existence, l’inéluctabilité de notre destin, le fait de donner tant de choses pour ensuite disparaître en poussière provoque une angoisse sourde. Alors sa musique, ici en tonalité mineure, lui sert d’exutoire. Il vivra donc, puisqu’il faut bien.

Le premier mouvement se cherche et doute sans cesse. Le menuet lui-même, inhabituellement placé en seconde position, est sans doute l’un des plus désabusés qu’il ait composé. Une danse triste et sans ressort malgré une timide tentative de réconfort. L’adagio qui suit n’apporte aucune consolation, « prière d’une âme isolée toute entourée d’abîmes » comme l’écrit le musicologue Albert Einstein, mais d’une beauté renversante. Et ne croyez pas le faux sourire qu’arbore le dernier mouvement. Il doute toujours (le début est terriblement triste), mais après tout, on n’a qu’une vie.

Le trio Grumiaux n’est sans doute pas le moins rapide dans cette œuvre, mais c’est l’un des plus talentueux. Le voici avec, pour les nostalgiques, les petits craquements du vinyle en prime ! 

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »