Par ces temps complètement crétins, le mieux serait de ne pas revenir. Rester chez soi, fermer sa gueule et goûter ce frais printemps aux oiseaux merveilleux.

Restez chez vous
.

Je n’écoute plus ce qu’on appelle encore les informations.

Ni les télévisées ni les radiophoniques. J’en lis encore un peu. Le moins possible. Ce monde, à bonne distance, est assez prévisible. Et bête.

Il est difficile de faire la différence entre un journaliste et un publicitaire, un ministre et un commerçant, un auteur dramatique et un cloporte*. Les artistes sont des comptables comme les autres, leur connaissance de la marge passe par là. Ils gagnent comme ils pensent : petit. Sauf les vendus. Eux sont servis, et font la queue aux micros pour livrer leurs analyses économiques qui consistent à demander aux moins nantis, voire aux carrément sans-grades, ces cons, de bien vouloir se déclasser encore un peu. Je n’ai rien lu sur le cours de la coco. Mais il doit y avoir, dans certaines arrière-cours, une sorte de ticket-restaurant de la schnouf indexé au point d’indice. Et c’est bien.

Il est nécessaire que Paris demeure la lumière du monde mort, ce phare de plurien, capable seulement de s’envier lui-même.

Il y a quelques années encore, je me serais amusé à prendre telle déclaration syndicale, telle phrase d’artiste en vue, j’aurais tenté d’en montrer l’inanité drolatique. Allons, tenez, j’ai vu des auteurs dramatiques qui n’écrivent pas du théâtre, mais le théâtre, s’apercevoir tout à trac, le même théâtre étant absent, et pour cause, que ce qu’ils faisaient n’avaient pas de sens. Enfin. Et d’en demander illico réparation à l’État. Exactement comme quand ils trouvaient sensés leurs robinets d’eau tiède et pensaient écrire le théâtre. Je ne continue pas, il faudrait que je donne des noms et ce serait moche. Les pauvres choupis, ils sont déjà tant éprouvés. « Je me plains donc je me bats » leur sert de cogito collectif. Pour dire les choses simplement, sans souhaiter la mort de personne, vous pouvez mourir, cela m’indiffère. Presque tous. Vous ne verrez pas la différence. Personne, d’ailleurs.

Le théâtre vide devant lequel je suis passé l’autre jour avait l’air de souffler. Le rien qui s’y passait, cette fois, était honnête, décent, sobre. Sans texte inutile. Sans texte. Et sans musique de merde. Sans musique.

*

Ce qui est certain, c’est que cette pandémie, avec son air d’exercice incendie dont on ne sifflerait pas vraiment la fin, m’a plutôt remonté le moral, qui n’était déjà pas si bas.

Les jours d’azur étaient beaux. Le Moyen Âge tardif, à des années-lumière d’avance que nous ne rattraperons plus, m’a embarqué avec lui. J’ai campé là un peu. C’était simple et merveilleux. J’ai fait quelques raids chez les Espagnols du siècle d’or. C’était simple et grand, j’ai bu de longues rasades de langue claire et d’inventivité théâtrale. Je ne suis pas pressé de revenir ici, de lire des bouquins nuls, de regarder des spectacles qui pètent plus haut que leur cul.

Ma voisine écoute ce cher vieux bavard de Nick Cave chanter More news from nowhere, titre sans doute emprunté à William Morris, et qui colle à la situation. J’écris cette très superfétatoire chronique l’anisette à la main, le bœuf bourguignon prévu pour la mi-nuit, je regarde le soleil se coucher, tout va bien. Cigare.

Pascal ADAM

* Crustacé sans 100 % bio naturel et intègre, sans concession aucune à l’argent-roi, à la différence sans doute du commerçant. Le terme est évidemment positif, voire flatteur.

Lire les dernières chroniques bimensuelles de Pascal Adam :
Vive la peur !
Pangoman™ et la littérature
Pyrotechnie du Verbe — II
Pyrotechnie du Verbe — I
Une minorité à défendre d’urgence, merci
.



Avec un goût prononcé pour le paradoxe, la provocation, voire la mauvaise foi, le dramaturge, metteur en scène et comédien Pascal Adam prend sa plume pour donner un ultime conseil : « Restez chez vous » ! Tel est le titre de sa chronique bimensuelle, tendre et féroce, libre et caustique.