Instant classique – 17 février 1792… 229 ans jour pour jour. Joseph Haydn crée sa 93e symphonie, l’une de ses plus remarquables et réussies. C’est vous dire si elle vaut le coup d’oreille !

Quel meilleur remède pour affronter l’avalanche de déconvenues de ces derniers mois que ce bon vieux papa Haydn ? Ça tombe bien, puisque voici tout juste deux cent vingt-neuf ans aujourd’hui, sa 93e symphonie est créée à Londres. Elle n’a pas, comme beaucoup d’autres de ses symphonies, un titre particulier qui permet de la retenir. Mais ce n’est pas très grave car elle n’en reste pas moins l’une de ses plus remarquables et réussies. C’est vous dire si elle vaut le coup d’oreille.

Depuis 1791, Joseph Haydn a retrouvé sa liberté. Le vieux prince Nicolas Ier Esterhazy, pour lequel il travaillait depuis des décennies jusqu’à en être quasiment le prisonnier, est mort en septembre 1790 et son fils, Paul-Anton, qui ne goûte pas particulièrement la musique, le décharge de ses fonctions de kapellmeister de la cour princière. Ainsi libéré et après avoir refusé l’offre du roi de Naples de venir à sa cour, Haydn part aussitôt pour Londres, où l’accueil est digne de sa glorieuse réputation. Il reste environ deux ans pendant ce premier séjour et compose pour les concerts organisés par l’impresario Johan Peter Salomon six des fameuses douze symphonies « londoniennes ». L’ordre de composition n’est pas celui de présentation ni de numérotation du catalogue.

Ainsi, en 1791, Haydn présente les symphonies devenues les 95 et 96e. La 93e est la suivante. Il la compose fin 1791 et la présente donc ce 17 février 1792 dans la salle de concerts de Hanover Square.

Après avoir pris connaissance des goûts du public londonien (qui aime les surprises et le spectaculaire), il compose cette symphonie qui sera donc numérotée 93e. Première surprise, elle démarre par un adagio asséné fortissimo en ré majeur. Cette solennité très inhabituelle cloue les spectateurs sur leur siège. Seconde surprise, le largo cantabile ravit tellement les auditeurs qu’il est bissé lors de la création. Le menuet suivant force l’allure avant que le finale, plein de petites notes d’humour, ne mène le tout au triomphe.

On imagine l’ovation qui s’ensuit et à deux cent vingt-neuf ans de distance, on remercie Haydn de ce nouveau bol de fraîcheur, qui nous est servi ici par Frans Brüggen dans une version « historiquement informée », sans doute voisine de ce que les spectateurs ont entendu ce jour là, mais qui ne sonne finalement pas si mal.

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »