Instant classique – 17 mars 1832… 189 ans jour pour jour. À 16 ans seulement, Felix Mendelssohn compose un merveilleux octuor pour cordes : quatre mouvements renversants de beauté et de joie ! Cela s’écoute d’un trait.

Je pensais bien vous avoir déjà parlé du merveilleux octuor pour cordes de Felix Mendelssohn, mais mes tablettes me disent qu’il n’en est rien. Et puis, de toute façon, pour une telle œuvre, il vaut mieux deux fois que pas du tout ! Certaines sources considèrent qu’il n’y a pas eu d’exécution publique de ce chef-d’œuvre de la jeunesse de Mendelssohn avant 1836 à Leipzig, avec Mendelssohn lui-même en soliste à l’alto au côté notamment du grand compositeur danois Niels Gade, mais il semble pourtant qu’il ait bien présenté cette partition à Paris (mais oui !) voici tout juste cent quatre-vingt-neuf ans aujourd’hui, au Conservatoire, puis dans une église à l’occasion du cinquième anniversaire de la mort de Beethoven, le 27 mars suivant. C’est Mendelssohn lui-même – qui n’aimait guère Paris et surtout les Parisiens de la bonne société qu’il fréquentait – qui le dit dans une lettre datée du 31 : « Mon scherzo [celui de l’octuor donc, NDR] joué pendant que le prêtre était à l’autel faisait l’effet le plus bouffon qu’on puisse imaginer… » En le réécoutant, on imagine en effet…

Cet octuor fascinant est cependant plus ancien que ces exécutions, puisque Mendelssohn l’a écrit en 1825, à seize ans donc. Ses parents viennent alors d’emménager dans un palais splendide (il faut rappeler que Mendelssohn est issu d’un milieu très aisé) et ils reçoivent beaucoup. Le jeune Félix en profite pour se perfectionner considérablement en tout, langues anciennes, peinture (c’est un excellent aquarelliste), mathématiques et j’en passe. Eh bien oui, Mendelssohn est beau comme un astre et doué en tout. On lui mettrait volontiers des baffes. Sa partition est un cadeau d’anniversaire, dédié à son ami le violoniste Eduard Rietz, de sept ans son aîné, à qui l’octuor est donc dédié.

L’octuor traduit bien cette période de création intense (bientôt viendra le Songe d’une nuit d’été) et cette fougue bien de son âge. Mendelssohn le considère d’ailleurs longtemps comme son œuvre de jeunesse la plus réussie, ce que confirme bientôt un Schumann subjugué par un tel génie : « Ni dans les temps anciens, ni de nos jours on ne trouve une perfection plus grande chez un maître aussi jeune. »

Les quatre mouvements sont renversants de beauté et de joie, même l’andante, plus méditatif mais d’une légèreté réjouissante. Cela s’écoute d’un trait, a fortiori avec de tels interprètes, emmenés au violon par Jascha Heifetz et au violoncelle par Gregor Piatigorsky ou William Primrose à l’alto. Qui dit mieux ?

Cédric MANUEL

.



À chaque jour son instant classique !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »